01.06.2008

[Xroads #05] Rocco DeLuca

 

Rocco DeLuca

 

DoBroTher

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Rocco Deluca est un paradoxe. Produit par un label indépendant coaché par une star du petit et du grand écran. Jeune trentenaire inspiré par des artistes du siècle dernier. Capable de pondre autant de chansons qu’une année compte de jours et d’assurer des concerts d’une électricité peu commune, Rocco Deluca, armé de son dobro fétiche, fait souffler un vent de fraîcheur et d’urgence sur le petit monde du rock actuel. À l’occasion de la sortie française de son premier opus, rencontre avec un artiste humain jusqu’au bout des cordes.

 

I Trust You To Kill Me a beau être ton premier album, il dégage une grande maturité. Etait-ce intentionnel de varier autant les ambiances, que ce soit au niveau des textes ou des musiques ?

Je n’avais pas de concept en tête, chaque chanson a été pensée de manière individuelle. Certaines choses ont été revues par mon producteur, mais au niveau de la composition ou de l’écriture, croire que l’on ne ressent qu’un seul type d’émotions revient à se mentir à soi-même. Au cours d’une journée, on traverse un « grand huit » émotionnel, un peu comme avec cet album. Il peut être délicat, même vulnérable, et passer soudainement à de la rage en quelques secondes, comme la vie. Inconsciemment, ça doit venir de là.

 

Je me suis laissé dire que tu composais en permanence. Comment as-tu choisi les chansons qui sont sur l’album ?

La plupart de ces chansons, à part deux en fait, ont été écrites et enregistrées durant le processus de création de l’album. En tant qu’auteur, on est toujours plus attiré par ce qu’on vient d’écrire, parce que c’est cette période de l’écriture qui est la plus intéressante, et c’est ce sentiment que je voulais avoir dans l’album. Donc les morceaux que j’ai moi-même choisi reflétaient ça puisque je venais juste de les écrire. Il faut savoir que ce disque a été réalisé en collaboration avec le label qui m’a signé, donc il y a eu pas mal de discussions entre nous pour arriver à décider quelle chanson terminerait sur l’album.

 

Jude Cole (NDR : Producteur de l’album) a une grande participation à la création de l’album, comment cela s’est-il passé ?

Effectivement, on était surtout lui et moi en studio, à faire semblant que l’on était un groupe entier ! C’était très intéressant, j’ai beaucoup appris. Il avait déjà réalisé des disques, et moi c’était mon premier, donc il a pu m’aider à comprendre comment faire. J’écris des chansons, des mélodies et des paroles, mais je ne savais pas comment m’y prendre pour réaliser un album. Donc j’ai fait confiance à Jude et il a pris une grande place dans le processus de création. Honnêtement, si je l’avais fait seul, il aurait été totalement différent et on en aurait pas vendu beaucoup ! (rires) Il savait ce que je ne savais pas, comme tout ce qui touchent aux radios. Il ne s’est pas seulement approprié ma musique, mais il l’a également rendue plus accessible. Seul, je ne pense pas que je l’aurais rendue si accessible. Les chansons qu’il a vraiment aimées, et magnifiquement produites, sont sur l’album grâce à lui, parce que je ne les aurais sûrement pas incluses. Et pourtant maintenant, elles me permettent de jouer devant plus de monde et de faire découvrir mon univers. Je lui dois beaucoup.

 

« Colourful » semble plus une chanson de producteur, justement.

Et ça l’est. C’est la dernière chanson à avoir été incluse à l’album. Jude et le label pensaient que ce serait bien d’avoir une chanson de ce type pour aider à la promotion de l’album donc ils l’ont produite, et très bien produite, et c’est devenu le point de départ pour beaucoup de gens qui ont pu du coup découvrir l’album. Je découvre les règles, et je me dis que si cette chanson a pu permettre à des personnes d’écouter l’album, alors c’est génial et j’en suis très fier.

 

Continueras-tu sur la même lancée pour le prochain album ?

Je travaillerai sûrement avec la même équipe. Depuis que l’album est sorti, et ça fait déjà un moment en ce qui concerne les Etats-Unis, je tourne en permanence. En réalité ça fait même plus de 3 ans que je suis sur la route et que je joue tous les soirs et, au bout du compte, que je prends confiance en moi. Je suis moins préoccupé par les choses que je considérais être des handicaps maintenant, donc lorsqu’il sera temps d’enregistrer le second album, je le produirai moi-même. Je n’aurais pas pu le faire sur le premier. Ou plutôt j’aurais pu, mais je ne sais pas si je serais en train de te parler maintenant, tu vois. L’étape suivante sera donc de produire le prochain, et ça a déjà commencé, d’ailleurs. La plupart des enregistrements jusqu’ici ont été faits sur la route, dans des studios un peu partout, parce que je voulais capturer ces instants avant de rentrer à la maison. Les choses changent quand tu rentres chez toi, tu es distrait. Sur la route, il y a une sorte de discipline militaire, tu ne fais que jouer, tu n’y penses pas et tout est très naturel. Le disque est donc commencé, il faut que je rentre à New York pour le terminer. Quoique je resterais bien encore un mois ici. (rires)

 

Mais tu reviendras de toute manière.

Bien sûr !

 

Et la prochaine fois, pas en temps de grève et sur scène.

Quand j’ai entendu que vous aviez des grèves, j’ai pensé « wouah, il n’y a pas que chez nous que c’est la merde ! » (rire général)

 

Attends de voir les problèmes que ça créé avec les transports en commun.

C’est le mauvais côté des transports publics, qui sont très bons ici, pas comme aux Etats-Unis. On n’a pas ça du tout, tout le monde a une voiture. Tout le monde sauf moi, mais c’est parce que j’ai  pu me trouver une situation où l’on vient me chercher. (rires)

 

Comment te décrirais-tu, et décrirais-tu ta musique, à quelqu’un qui ne te connaît pas ?

Je n’essaierais même pas. Je vais être honnête avec toi, je suis nul pour ce genre de choses et ça m’a causé pas mal de problèmes depuis la sortie de l’album. J’aurais peur de dire quelque chose qu’il ne faut pas, ou de donner une mauvaise image, donc je préfère ne rien dire. Si on parle comparaison, ça ne va pas non plus. Je ne sais pas, je préfère simplement dire que je suis un songwriter, et puis chacun se fait son image de moi à partir de ça ou des concerts, mais même là, les gens ont du mal à décrire ce qu’ils ont vu. (rires)

 

C’est vrai que j’aime beaucoup ce que tu fais, mais je ne peux le décrire. C’est bon pour toi !

C’est vrai. (rire général) Pas pour la promotion, mais à un niveau personnel, oui.

 

Tout le monde doit te poser cette question mais pourquoi le Dobro ?

Pour pas mal de raisons, mais plus particulièrement parce que ça m’a permis de commencer avec quelque chose de très simple. De nos jours, et depuis un petit moment maintenant, les moyens de création sont infinis : ordinateurs, instruments... Tout est plus accessible, et tu peux vraiment faire tout ce que tu veux. Je m’y perds, un peu comme un existentialiste embarrassé par sa liberté. C’est trop. J’ai besoin de commencer avec quelque chose de simple, de basique, et c’est mon Dobro. Des mots simples, des mélodies simples, tout vient de là. Tout ce qui peut se greffer dessus est très bien, mais je dois avoir confiance dans ce qui est la source, la base.  C’est ma muse, c’est très primitif, très simple et c’est ce que j’aime. Si tu me donnes une feuille de papier tout neuve, parfaite, je n’aurai même pas envie d’écrire dessus. Mais si tu me donnes quelque chose d’abîmé, un peu détruit, alors je pourrai m’en servir. Je suppose que le Dobro est un peu comme un ami blessé, que j’aime bien aider à trouver sa voie.

 

Ça te rend unique dans le paysage musical actuel, et ça te créé une sorte de personnage très particulier et très intéressant. Si tu es d’accord, je me permettrais une comparaison avec Jeff Buckley, parce que lorsque je t’ai découvert, j’ai eu ce même sentiment d’urgence et de sincérité. Ça s’est confirmé lorsque je t’ai vu jouer au Café Charbon, il y a quelques jours, même si le public présent était loin d’être attentif et que tu méritais mieux que ça.

Wow, merci beaucoup. Je n’avais pas joué dans un bar bruyant depuis un moment, mais c’était sympa. C’est un compliment extraordinaire, je suis plus qu’honoré d’être ne serait-ce que cité dans la même phrase que Jeff. Il était incroyable, il donnait tant d’émotions. Sa mère nous a appelés il y a un mois et nous a demandés de participer à l’hommage à Jeff qui va avoir lieu aux Etats-Unis, donc je participerai à quelques concerts, un à Los Angeles, un à Chicago et un à Memphis. Ces concerts vont être géniaux et j’étais vraiment heureux qu’elle m’appelle en personne pour en faire partie.

 

J’ai eu de la chance avec ma comparaison alors ! (rire général)

Ça ne me dérange pas que les gens me comparent à quelqu’un d’autre parce que c’est une manière pour eux de se rapprocher de quelque chose qu’ils apprécient. Même si j’ai quelques fois des surprises quand j’entends avec qui on me compare ! (rires) Mais ça vient d’une bonne intention, donc il n’y a aucun problème. Par contre, si ça doit venir de moi, par exemple quand on me demande comment me décrire, je ne peux pas dire à qui je me comparerais. Tout simplement parce que ça ne me dit rien de le faire, et ensuite parce que je ne connais pas forcément l’artiste concerné et que, si ça se trouve, il n’aime pas ce que je fais. Qui suis-je pour parler de ce genre de choses, de toute manière.

 

Pour en revenir à ton label (NDR : Ironworks, fondé par Kiefier Sutherland et Jude Cole), comment la collaboration s’est-elle passée ? Tu as été leur première signature, c’était ton premier album, j’ai lu d’autre part que Kiefer avait été « débarqué » de son rôle de tour-manager durant la tournée. Comment étaient toutes ces premières fois ?

C’était le bordel ! (rire général) Un groupe de gens qui essayent de se débrouiller comme ils peuvent. Je prétendais savoir ce que je faisais, alors qu’évidemment je n’en avais aucune idée. Et eux faisaient la même chose ! On a tout fait à l’envers en fait, de la sortie de l’album à la campagne de promotion. À l’envers parce que personne ne savait comment s’y prendre. Mais en même temps, tout s’est bien passé parce qu’à chaque pas en arrière, il y avait quelques pas en avant. Concernant le label, et je m’inclus dedans, c’est vrai qu’on ne savait absolument pas ce qu’on faisait mais puisqu’on est très créatifs, on a trouvé un moyen d’avancer. Ce qui a donné une manière très originale de procéder, de la conception de l’album à sa promotion. (rires) Une personne ayant un tant soit peu de logique nous rirait au nez, tout ça n’avait aucun sens, mais quelques fois il ne faut pas avoir peur de se planter et y aller. C’est une leçon que l’on a apprise tous ensemble.

 

J’ai cru comprendre que tu avais viré Kiefer Sutherland, tu peux m’en dire plus ?

Mr Sutherland est une personne étonnante mais franchement, il m’arrive d’avoir besoin de dormir ! (rire général) Donc je l’ai effectivement viré, pour le bien-être de ma santé et de ma musique.

 

Est-ce une aide ou un frein d’avoir une célébrité prête à t’aider ?

Honnêtement, je m’en fous. C’est quelqu’un de bien et je suis juste heureux de pouvoir dire que c’est un ami. Il est passionné, engagé, aimant, d’une grande générosité et lorsqu’il croit en quelque chose, il y va à fond. Il m’a beaucoup appris. Quoi qu’on puisse penser négativement de son engagement dans le projet, ça ne me touche pas. C’est simplement un ami.

 

Comment s’est passé ta rencontre avec Johnny Cash ?

C’était très informel. J’ai été invité dans sa maison de Hendersonville au Tennessee un hiver, j’y suis allé et j’ai joué avec lui, June Carter et toute la famille. Ça a été une expérience inoubliable. Je connaissais sa petite-fille, Tiffany Lowe, qui était en Californie à ce moment-là et qui m’avait invité à jouer avec elle à certains concerts, et également à rencontrer le reste de la famille.

 

Qui d’autre aimerais-tu rencontrer ?

Il y en aurait tant ! Je rêverais de jouer avec Ravi Shankar. Traîner avec Bono et U2 pourquoi pas, ce serait sympa. Neil Young... Il y en a tant.

 

Qui t’a donné envie de jouer ?

Ceux qui m’ont réellement retourné étaient des artistes folk américains comme Son House, Fred McDowell, Mississipi John Hurt et des femmes comme Billie Holiday, Mahalia Jackson, Nina Simone. Pour moi il n’y a rien de mieux, c’est tellement pur. Même si tu me parles de musique classique ou de n’importe quelle forme autre musicale, je ne peux m’empêcher de trouver ça si authentique, si vulnérable. Ils avaient été spoliés de tout ce qu’ils avaient et leur musique était la seule chose qu’il leur restait, c’était la seule arme qu’ils pouvaient utiliser. « C’est cool ! » (NDR : en français, et en riant, dans le texte) C’est ce qui m’a marqué, parce que je croyais ce qu’ils chantaient, je croyais que l’intention derrière cette musique avait plus de sens que la musique en elle-même. Et j’aimais ce sentiment.

 

C’est une musique assez ancienne et tu n’es pas si vieux.

Je sais, mais pour moi elle est toujours d’actualité. Elle sonne même plus libérée que la musique de maintenant, comparée aux règles qui régissent la pop ou ce qui passe à la radio de nos jours. À l’époque, on pouvait créer et générer de l’intérêt, de la passion. Que ce soit pour trouver une fille ou l’impressionner, pour parler de la situation sociale, politique ou sexuelle. C’était dangereux, et il n’y a plus rien de dangereux aujourd’hui. C’est ça que j’aime.

 

Te sens-tu proche d’une famille musicale ?

Je n’ai pas de connexion particulière avec qui que ce soit, malheureusement, et je le regrette. Personne n’est réellement comme moi, chacun est dans son monde. Je me sens proche de certains artistes, mais seulement au travers de mon imagination. Je ne me sens pas part d’un mouvement ou d’un groupe de personnes, même si je respecte un certain nombre d’artistes, et je crois que je n’ai encore trouvé personne qui me donne ce sentiment de reconnaissance mutuelle. Mais je cherche toujours. C’est ce que j’ai toujours voulu, faire partie de quelque chose.

 

D’un autre côté, être unique est une bonne chose également.

Oui, mais tout est arrivé par nécessité. J’ai dû me créer mon propre monde : Je me suis mis à la slide-guitar parce que personne n’en jouait, pareil pour le chant. J’ai commencé à écrire des chansons parce que je ne trouvais pas les paroles que je voulais entendre ou lire. Tout ce que j’ai fait, j’ai été obligé de le faire. J’aurais voulu qu’on me montre le chemin, qu’on m’explique quoi faire, mais j’ai dû apprendre par moi-même.

 

C’est peut-être ta plus grande chance, et ce qui te différencie de tous ces artistes interchangeables.

C’est marrant, on en parlait avec Jude Cole l’autre jour et il me disait « le jour où les cadres en sauront plus que les artistes, on sera vraiment dans la merde ». Et c’est ce qui est arrivé ! Ils ont trouvé des gens et les ont façonnés, un peu comme à la grande époque d’Hollywood, où on produisait des Stars. Mais si ces artistes « fabriqués » manquent de références ou n’ont pas envie d’apprendre, ça devient un problème. En même temps, le public, aux Etats-Unis en tout cas, n’a pas envie de s’entendre dire ce qui est bien ou pas, il veut pouvoir décider. C’est une des raisons du succès d’American Idol, parce qu’ils ont le destin de ces gens entre leurs mains et qu’ils aiment ça. Tout comme ils aiment que l’artiste en sache plus, qu’il soit un véritable alchimiste, il y a un véritable engouement pour ça. Les cadres pensent la même chose, ils connaissent mieux la vente que l’art lui-même. Donc je ne sais pas où nous allons mais je peux te dire que ce n’est pas la bonne direction. Le seul aspect positif est qu’à toute manoeuvre, il y a toujours une riposte. Il ne reste plus qu’à attendre de voir ce qu’elle va être.

 

Apparemment, on revient au temps où les artistes vivaient principalement de la scène.

Oui, et la dernière véritable forme artistique, la plus pure, est la scène. Si ça se développe, alors c’est une très bonne chose. Ça nous ramène au moment présent, lorsque tu joues et que tout naît et meurt en même temps. Il arrive que des gens viennent me voir pour me dire qu’ils restent chez eux et se plaignent de la situation, et je suis coupable de ça aussi, je fais partie du problème. Mais les gens qui achètent leurs places, qui viennent au concert, et qui montrent leur soutien, ce sont eux les héros. Ce sont eux qui font la différence, en ne restant pas chez eux devant leur télévision à dire que tout va mal. Ils sortent, ils cherchent quelque chose et s’ils le trouvent, ils vont soutenir. Pour moi leur présence est encore plus importante qu’une simple personne de plus dans le public, c’est une véritable déclaration disant qu’ils tiennent à quelque chose et qu’ils ne veulent pas rester en retrait à faire ce qu’on leur dit de faire, d’acheter ou d’aimer. Ils font un effort pour trouver ce qu’ils aiment et ça, c’est cool.

 

En même temps, si la scène est une solution, encore faut-il que le reste suive. C’est très dur maintenant pour les artistes qui ne sont pas dans le circuit depuis des années de faire savoir qu’ils jouent.

C’est ce qui rend la présence du public si spéciale. À chaque fois que je vois des gens à mes concerts, je les regarde et je leur suis reconnaissant parce qu’ils ont fait un effort et m’ont trouvé. Ils sont curieux, ils ont vraiment envie de faire partie de quelque chose... Je ne voudrais jouer devant personne d’autre.

 

Au Café Charbon, un couple de hollandais est venu spécialement à Paris pour te voir et ils ont passé une soirée géniale.

Ils ont vraiment fait un effort et savaient où je jouais, alors que je ne le savais pas moi-même ! Le fait qu’ils soient venus a rendu ce concert spécial. Alors que tout le monde dans le café fumait des cigarettes et me balançait de la nourriture (rires), ce qui est cool aussi !

 

Ça ne t’énerve pas ce genre de comportement ?

Je m’y attendais, tu sais. Certains endroits sont plus difficiles que d’autres. On ne peut pas dire que c’était réellement un concert, avec de bonnes conditions. Après tout, je jouais de la guitare près du bar, etc... Mais dans une vraie salle de concert, comme au Divan du Monde, tout se passe bien et le public est très calme et attentif. Presque trop calme, même. Certains endroits sont dédiés à la musique, on dira que celui-ci n’en faisait pas partie. Mais c’était sympa, et puis j’aime me battre.

 

J’ai remarqué ça, parce que la dernière chanson que tu as jouée était longue, très hypnotique et complètement décalée par rapport à ce bar où tout le monde discutait et ne prêtait pas forcément attention à toi. Tu semblais ne pas t’en soucier et jouer pour toi.

Il m’arrive d’être sensible à ce genre de choses, mais la plupart du temps ça me rappelle pourquoi je fais de la musique. Est-ce que c’est pour impressionner les autres, pour guérir, pour apprendre ? Alors on y retourne et on voit ce qu’il en ressort. Finalement, ça n’a pas grande importance ce que font les gens en face de toi, parce que c’est à toi. C’est très égoïste, mais c’est à toi et je pense que c’est le seul moyen de pouvoir faire ce cadeau, en le gardant très personnel. Si je vais à un concert et que je vois le chanteur passer son temps à s’occuper du public, ça va être poli, chaleureux et ça voudra dire qu’il sait comment accueillir les gens qui sont là et les faire se sentir bien. Mais pour moi, son énergie n’est pas utilisée comme il faut, il n’est pas à ce qu’il joue ou à ce qu’il chante. Ca devient une espèce de publicité, à base de « Bienvenue, mon nom est ci ou ça, voici mon nouveau single, retrouvez-moi sur Myspace » ! Arrivé à ce stade-là, j’ai déjà décroché parce que je suis là pour voir quelqu’un de naturel. À continuellement vouloir faire plaisir à tout le monde, ils perdent quelque chose. Mais je suis une victime aussi, combien de fois on m’a dit de plus communiquer avec le public, d’ouvrir les yeux ou je ne sais quoi. Et c’est vrai. J’aime avoir un lien avec le public, mais il faut le faire pour de bonnes raisons, parce que tu le ressens au plus profond de toi. Donc je ne veux pas être cette personne, et je m’emploie à ne pas l’être.

 

Gregg M

22 octobre 2007

 

http://www.roccodeluca.com/ 

http://www.myspace.com/roccodeluca 

[Xroads #05] Calvin Russel

Calvin Russel

 

Paris - Texas

 

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Ca fait déjà un bout de temps que l’homme au visage émacié et à l’allure sèche hante les esprits de l’hexagone. Treize albums au compteurs et autant de contes désertiques et intemporels, portés par une voix comme on en fait plus, taillée dans le plus aride des rocs. C’est pour célébrer son retour que votre serviteur part à la rencontre d’un artiste affable, charmant et terriblement humain, bardé de projets et à l’énergie d’un jouvenceau.

 

Unrepentant est ton 13ème album, comment le décrirais-tu, comparé aux autres ? Sens-tu une évolution ou laisses-tu simplement les choses se faire ?

C’est une évolution, parce que dès le départ, j’ai essayé d’avoir le plus de contrôle possible sur ce que je faisais. L’enregistrement est un domaine où il est très difficile d’avoir un quelconque contrôle, beaucoup de gens participent et finalement ce que tu obtiens est rarement ce que tu entendais dans ta tête. Mais là, c’est quasiment le cas ! Parce que je l’ai fait moi-même, j’ai poussé mon partenaire Gabe Rhodes à apprendre à se servir d’un studio, de façon à ce que l’on puisse se passer d’un producteur. Et à cause de ça, je suis fier de cet album comme je ne l’ai jamais été d’aucun autre.

 

Il sonne très live.

C’est amusant parce que tout a été assemblé petit bout par petit bout, par ordinateur. J’ai enregistré mes parties à l’aide d’une drum-machine, histoire de garder le rythme, puis on a remplacé ces pistes par un véritable batteur, ce qui fait que personne n’a joué avec moi en fait. J’ai tout fait puis ils ont tous été obligés d’accompagner mes parties. Ca doit venir de ces parties de batterie électronique, mais quand tu es vraiment bien en rythme, dans le tempo, il semble qu’il y a plus d’énergie, et que ça sonne live.

 

Le fait que tu aies ajouté ce bruit de foule au début du disque est aussi un facteur.

C’était fait exprès ! Pour faire croire que c’était un concert, et que le moment était venu pour du bon vieux Rock’n’Roll ! (rire général)

 

Il se dégage une sorte de mixité entre du vieux et du récent sur cet album : certaines chansons sont construites de manière très classique mais ont un son très actuel, et inversement. Etait-ce un choix de faire un album en forme de retour aux sources ?

Le retour aux sources, c’est la seule manière que je connaisse d’écrire des chansons, c’est comme ça qu’elle viennent à moi. J’ai un style particulier, peut-être un peu redondant, et puis d’un coup quelque chose qui sonne comme, disons, Jefferson Airplane, arrive (rires). Je n’ai jamais pensé en écrivant « oh ce n’est pas mon style ! ». Quoiqu’il m’arrive d’écrire ou de composer, je dois le faire.

 

Quand j’ai entendu « When You Smile », j’ai noté qu’elle était très différente du reste.

C’est quasiment une pop-song. C’est comme ça qu’elle m’est apparue et il a semblé que c’était la manière dont il fallait la laisser se développer. On ne savait pas réellement où on allait, on n’avait pas de plan, donc on a testé différentes choses, enregistré les parties et voilà.

 

Et « Petit gars » ?

C’est une histoire totalement différente. Je vais faire un film avec Thierry Lhermitte l’année prochaine, et lorsque j’ai parlé avec le producteur et le réalisateur, ils m’ont dit qu’ils adoraient « One Meat Ball » et que ça collerait très bien avec mon personnage de loser. J’ai réfléchi et je me suis dit que je devrais plutôt écrire quelque chose de nouveau. C’est mon beau-père qui a écrit les paroles et je voulais une phrase qui sonne comme « One Meat Ball » et évidemment, on a eu beau chercher, aucune phrase en français ne ressemblait à ça. On a un peu laissé tomber et puis plus tard il m’appelle en plein milieu de la nuit et me dit « j’ai trouvé ! ». En une heure, il avait tout écrit, et c’est comme ça qu’elle est née.

 

Il semble que tu aies une relation très forte avec la France, depuis pas mal d’années maintenant. N’était-ce pas frustrant d’avoir finalement plus de succès ici que chez toi ?

C’est toujours frustrant. Mais je n’ai pas l’énergie pour partir en campagne, pour conquérir les Etats-Unis. Je n’ai pas réellement envie de le faire. Donc je le vis finalement assez bien. Mais quand j’étais plus jeune, c’était effectivement très frustrant car ça marchait ici, même si le public ne comprenait pas toujours les paroles, donc je me disais « pourquoi ici et pas là-bas ? ». Et partout où je jouais c’était « wow, qui es-tu et où étais-tu pendant tout ce temps ? ». Donc il n’y avait pas vraiment de problèmes dans cette partie du monde, même si je n’avais pas de label. Tu sais, j’ai fait de la prison, et ça fait une différence pour les gens aux Etats-Unis. Si tu as juste fait une semaine ou deux de prison, comme Johnny Cash, ça va. Mais si comme moi, tu y es resté plusieurs années, on te regarde de travers. On ne me l’a jamais dit en face, mais je sais bien que ça a joué.

 

Et maintenant, il y a tous ces Gangsta-rappers qui font de la tôle, se tirent dessus et ça en devient ridicule. Ils célèbrent ça, tu devrais peut-être faire de même ? (rire général)

Tu sais, la culture blanche est très différente de la culture noire. J’adorerais être un rappeur noir ! (rires)

 

Sur l’album, ta voix a une telle profondeur sur certaines chansons qu’on finit par avoir l’impression que tu es noir.

Damn, merci, c’est un sacré compliment.

 

Penses-tu que ta voix, et la manière dont tu transmets les émotions, a changé à travers les années ?

Quand je réécoute les premiers albums, il n’y a pas cette qualité qu’il y a maintenant. La principale différence, c’est que j’aime chanter des chansons intimiste et pleines d’émotions, presque plus que les morceaux plus rock.

 

Je t’ai vu interpréter plusieurs chansons en acoustique dans une émission de télévision il y a peu de temps et c’était très doux, très émouvant. Penses-tu refaire un album acoustique ?

J’y pense, c’est toujours intéressant à faire parce que c’est si différent du reste. Quand je suis à la maison, j’ai toujours une guitare acoustique près de moi. C’est toujours agréable de jouer un peu de voir ce qui sort quand des amis passent à la maison. Et puis, c’est comme ça que je compose.

 

Quelle est la prochaine étape ?

Je veux faire un nouvel album, un peu comme celui-ci, vu que j’ai trouvé une certaine méthode et que j’ai envie d’en profiter. Pour la suite, on verra plus tard.

 

Il me semble que pendant un temps, tu préférais rester chez toi et ne plus repartir sur la route. Qu’est-ce qui t’a fait revenir sur ta décision ?

Mes batteries étaient rechargées et ça commençait à me manquer en fait. Et puis, ce gars m’a appelé pour le film et ça a relancé la machine. J’ai recommencé à penser à la musique, j’avais des choses à écrire, l’envie était revenue… Tout simplement.

 

Que peux-tu me dire sur ce film ?

Ce que je sais, c’est que Thierry Lhermitte jouera un homme de la haute société qui se retrouve en prison et qui se lie d’amitié avec un pauvre type, assez bourru, pas du tout comme lui. Lorsqu’il sort de prison, il croit reprendre le cours normal de sa vie, mais il retrouve le type en bas de chez lui. Quant à moi, je suis pote avec ce type, justement, et je joue de la guitare tout le temps. Les paroles allant avec la situation, il me demande constamment de chanter quelque chose pour accompagner ce qu’il fait ou dit. C’est à peu près tout ce que je sais. Ce sera une comédie sur le fossé entre les classes sociales, les émotions, les hommes et les femmes, etc…

 

Comment t’es-tu retrouvé dans ce projet ?

Bonne question, en fait je n’en sais rien. Je crois que le réalisateur avait besoin de quelqu’un pour le rôle et a pensé à moi, donc ils m’ont appelé pour me demander de le faire et j’ai accepté. Je n’avais jamais essayé, c’était l’occasion.

 

Ta carrière a commencé assez tard, aux alentours de 39 ans. As-tu l’impression maintenant de pouvoir t’amuser et, en quelque sorte, de faire le chemin à l’envers ?

Oui, bien sûr, tout le temps ! J’ai commencé par le plus dur et je suis maintenant dans la partie amusante, la bonne partie en fait.

 

Quand je te vois, je vois un homme heureux.

Ecoute, je suis content d’être perçu comme ça. C’est principalement parce que je ne me prends plus la tête, je fais ce que je veux et j’ai un assez bon contrôle sur ma vie. Et puis, personne ne me demande d’en faire plus ! (rires). Donc tout ça me donne confiance et moi, et finalement me rend heureux.

 

Gregg M

13 décembre 2007

 

http://www.calvinrussell.net/

http://www.myspace.com/calvinrussell

[Xroads#04] Jeff Lang / Mick Hart

Jeff Lang / Mick Hart

 

Les Magiciens d’Oz

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Non, je ne parle pas de Dorothy et de son chien Toto, ou encore de l’Epouvantail et de l’Homme de Fer, mais bien d’un duo irrésistible d’Oz (l’Australie pour et par les Australien), j’ai nommé Jeff Lang et Mick Hart. A l’occasion de la sortie de leurs derniers albums respectifs et de la tournée en France qui l’accompagne, rencontre croisée avec deux musiciens de l’autre côté du monde, aussi étonnants de naturel que d’inventivité. Laissez-vous emporter par ces deux tornades, loin, très loin, au pays d’Oz…

 

Pourriez-vous vous présenter mutuellement ?

Mick : Tu veux des secrets ? (rire général)

 

Disons plutôt votre vision sur chacun.

Mick : Jeff est l’un mecs les plus gentils du circuit. On est amis depuis longtemps, depuis l’Australie. C’est le Maître de la guitare pour mal de monde, que ce soit John Butler ou moi-même. On l’adore et on admire surtout sa capacité à aider, à partager, il est toujours très généreux. On a tous les deux fait de gros concerts, mais aussi de plus petits. Je me souviens de la dernière fois où j’ai joué dans un café-concert à Paris il y a quelques années, on ne pouvait pas avoir de taxi, il était tard et il était là à m’aider à porter le matériel. C’est tout lui, un grand musicien et quelqu’un de bien.

Jeff : Je suis désolé, je ne sais pas qui est ce monsieur. (rire général) Je n’arrive pas à me rappeler quand j’ai entendu parler de Mick la première fois, car j’ai vécu pendant longtemps dans mon van, à tourner dans toute l’Australie. Je l’ai vraiment découvert à Sydney, où j’ai vu des affiches et j’en ai entendu de plus en plus parler par la suite. Il me semble que la première fois que je t’ai vu jouer, c’était au Byron Bay.

Mick : Pour la Blues Fest ?

Jeff : Non, à ce moment-là on était en tournée. Beaucoup d’artistes sont perpétuellement en tournée en Australie, ce qui fait qu’on se croise régulièrement sur la route. Et cette fois-là, je t’ai vu jouer avec ton groupe, où il y avait un violoniste, et c’était très différent de ce qu’on pouvait entendre à l’époque. Mick a toujours fait de très bons albums et je suis vraiment content de voir qu’il continue son chemin et que les choses marchent pour lui en France. C’est vraiment cool de faire tout ce trajet pour retrouver quelqu’un qu’on connaît depuis des années et qui s’est fait tout seul.

Mick : Et traîner ensemble !

Jeff : Bien sûr !

 

Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

Mick : Ca doit bien faire 10 ans.

Jeff : Oui, je me souviens que l’on a fait des concerts ensemble l’année suivante, en 1998, donc ça fait bien 10 ans.

Mick : C’est cool, n’est-ce pas ?

Jeff : 10 ans comme ça ! (il claque des doigts)

 

Comment se fait-il que vous n’ayez jamais collaboré ensemble avant ?

Jeff : Oh, on a déjà partagé la scène en Australie. Pas si souvent, parce que ce n’est pas simple, chacun est très occupé. C’est tout l’intérêt des festivals, tu peux rencontrer d’autres artistes et les voir jouer.

Mick : La plupart du temps, nous sommes loin de l’Australie, et Jeff sera aux Etats-Unis ou moi au Japon…

Jeff : Et moi de retour en Australie pendant qu’il est au Japon, et lorsqu’il reviendra je serai en Hollande, etc. C’est comme ça, les amis que l’on peut se faire dans le milieu de la musique, tout le monde est en tournée et on se voit au mieux une fois par an mais dès qu’on se revoit c’est comme si on ne s’était jamais quittés.

 

Donc on peut dire qu’on a de la chance de vous avoir tous les deux aujourd’hui.

Jeff : Oui, mais on est chanceux aussi !

Mick : C’est la beauté de la musique : Ca rapproche les gens, ça rapproche les amis comme ici. Ca permet d’offrir de bons concerts, avec deux gars, de bons amis, qui ne proposent pas la même chose. C’est une bonne combinaison, et c’est ça qu’on aime.

Jeff : C’est toujours une bonne chose de jouer avec les bonnes personnes.

 

Très belle phrase, je la garde. (Jeff se marre)

Mick : Sans vouloir négliger les autres, nous avons toujours cherché à repousser les frontières.

Jeff : Bien sûr, et c’est dû à ce que tu écoutes. Je n’écoute pas un style en particulier et peu importe le type de musique que je jouerai, ça sonnera toujours comme moi, puisque c’est moi qui vais jouer, tout simplement. Repousser les frontières est juste un moyen de ne pas s’ennuyer.

Mick : Et de ne pas refaire le même disque. Trouver sa propre voix, et la cultiver, c’est le plus important. Créer en gardant cette voix.

Jeff : Oui, c’est évident. Tu as utilisé différentes productions dans tes albums, mais c’est toujours toi.

 

Vous parliez de la scène Australienne, qu’en pensez-vous ?

Jeff : Elle se porte très bien !

 

C’est vrai que même d’ici, elle semble très active. Pensez-vous avoir été les pionniers de cette scène ?

Jeff : Je ne sais pas. Elle est certainement apparue il y a une quinzaine d’années lorsque je tournais déjà. Il n’y avait pas vraiment de circuit à l’époque en Australie, en dehors des grandes villes, pour les gens ayant à cœur de défendre leurs propres chansons. C’est quelque chose que j’ai aidé à développer, avec d’autres, en poussant les salles à accepter les songwriters. En ce qui concerne le fait de jouer à l’étranger, ça fait partie de la culture australienne de voyager. Les distances sont extrêmement grandes à l’intérieur du pays, mais elles le sont aussi pour sortir du pays, et pourtant on reste ouvert sur le reste du monde. L’Australie a toujours été tournée vers l’extérieur tout en étant fière de son identité, mais en ne pensant pas « nous avons tout, on s’en fout des autres ». C’est plutôt que nous sommes bombardés d’informations venant des Etats-Unis ou d’Europe donc ça fait partie de nous, cette envie de voyager. Tu rencontres peu de gens qui te diront « j’ai toujours rêvé d’aller en Europe », mais un gamin de 21 ans te dira « oh, j’ai fait le tour de l’Europe avec juste un sac à dos ». (rires)

Mick : C’est cool, parce que nous somme un pays un peu déconnecté. On découvre tant de choses en voyageant, y compris pour la musique.

Jeff : Ca ne m’a pas surpris quand Mick m’a dit qu’il comptait s’installer un moment en France et tenter sa chance ici. Ca fait partie de l’esprit Australien : « pourquoi pas ? »

Mick : Quand tu explores en musique, que tu repousses les frontières, et que tu as la chance de voyager et de jouer devant de nouveaux publics, il faut la saisir. Et si ça marche bien, et que tu te comportes comme quelqu’un de bien, on t’invitera à revenir et tu pourras continuer. Jeff fait ça depuis combien de temps, quinze ans ? Et moi dix ans, ça fait déjà un certain temps. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’autres artistes à faire ça.  John Butler est arrivé quelques années après, et depuis deux ou trois ans, il y a de plus en plus de talents qui émergent. Et j’ai l’impression qu’ils regardent tous nos sites internet et voient qu’on joue en France, en Angleterre, et ils se disent « wouah, je vais faire pareil ! » (rires)

Jeff : Des artistes comme le John Butler Trio peuvent inspirer pas mal de gens, et leur donner envie d’essayer, d’y aller et de tenter le coup. Si quelqu’un devient connu, il attire forcément l’attention sur ceux qui vont le suivre, et c’est ce qu’il se passe depuis quelques années. Et ça ouvre les esprits, par voie de conséquence.

Mick : C’est vrai, et j’ajouterais que le public français est incroyable pour cette ouverture d’esprit dont il fait preuve, cet amour de la musique, et de notre style de musique évidemment. C’est pour ça que c’est toujours un bonheur de revenir jouer ici. Les gens viendront te voir, même s’ils ne te connaissent pas, parce qu’ils auront entendu parler de toi, ou que tu joueras quelque chose qui leur parle.

Jeff : Ma première rencontre avec le public français a été d’ouvrir pour Tété, qui est un artiste résolument pop et qui a un univers très différent du mien, avec un public très jeune. Mais c’était génial, ils ne savaient pas qui j’étais, je rentrais sur scène avec cette espèce de vieux costume et je commençais à jouer ce folk bizarre. Et puis au bout de dix secondes, tout le monde était dedans et je me disais « les gens sont vraiment ouverts d’esprit dans ce pays ! ».

Mick : C’est très culturel, il y a une volonté de découvrir qui n’est pas commune à tous les pays. Et tout ça sans alcool !

Jeff : pas nécessairement, c’est vrai. (rire général)

Mick : Blague à part, et je suis sûr que Jeff sera de mon avis, jouer en Australie est une expérience fantastique, mais certains endroits sont vraiment plus que chargés d’alcool. Ca peut être drôle bien sûr, mais c’est également formidable de pouvoir jouer dans des lieux où compte uniquement le rapport à la musique et à l’émotion. C’est tout simplement beau.

 

Je sais que vous avez tourné un peu partout autour du monde, quel moment particulier voudriez-vous garder ?

Jeff : Je ne pourrais pas en trouver un seul. D’un côté, tout se mélange en une sorte de gros souvenir de la tournée, et tu as besoin de quelqu’un qui a été avec toi pour te rappeler ce qu’il s’est passé en détail. Et d’un autre côté, il y a pas mal de choses qui ne sont pas racontables.  (rire général) Mais ce serait dommage de réduire tout ça à un concert qui aurait été spécial alors qu’il y a tant d’expériences différentes fascinantes. Tu dois penser que je me défile, mais il n’y a vraiment aucun moment en particulier que je pourrais détacher. La seule chose c’est qu’à la fin de la journée, tu dois toujours rester avec quelque chose de positif, parce que la vie sur la route parfois est très dure. Certaines fois tout va de travers et tu te demandes juste « Rappelle-moi comment je gagne ma vie ? C’est de la folie ! ». Mais après tout, c’est une expérience positive et ce n’est jamais très difficile de se souvenir pourquoi on fait ça : parce qu’on aime jouer.

Mick : Chaque concert n’est pas « juste un concert », ça peut être un énorme show, ou une première partie ou jouer dans un tout petit endroit. Le lendemain tu peux aussi être à l’affiche d’un gros festival, et tous ces concerts seront aussi bien.

Jeff : Des endroits différents pour des sentiments différents.

 

Vous jouez tous les deux de beaucoup d’instruments, quel serait celui avec lequel vous vous sentez le plus connecté ?

Jeff : J’en prends trois en tournée, qui ont chacun leur utilité pendant un concert. Il y a une guitare normale, qui prendra plus de place certains soirs, une National pour pouvoir jouer au bottleneck et une lapslide. Cette dernière est celle qui pourra aussi me donner l’impression, certains soirs, que j’ai trouvé mon instrument. Mais tout change tout le temps, et il y a tant d’autres instruments dont je joue en studio ou chez moi, comme le jumbush, qui est un petit banjo fretless de Turquie, ou la mandoline. Et je ne peux pas tout emmener sur la route, il y a des limites ! (rires) Je ne peux pas emmener un instrument que je n’utiliserais que sur une chanson, donc je me limite à trois et ce sont ceux avec lesquels j’ai le plus de connexion. Et toi ?

Mick : Ca a été juste une guitare pendant très longtemps, mais depuis quelques années il y a aussi la lapside et j’adore cette liberté d’expression que les deux me donnent. Je joue d’autres instruments, mais c’est comme Jeff, tout est une question de transport. C’est toujours agréable d’avoir une ou deux chansons au piano pendant un concert, mais je ne peux pas me promener avec un piano sur mon dos dans le métro. Donc c’est guitare et lapslide.

 

Ca vous donne pas mal de liberté.

Mick : Oui, surtout durant l’enregistrement.

Jeff : On peut mélanger différentes saveurs, différentes textures. J’aime aussi beaucoup jouer de la guitare électrique, mais ça ne marche pas vraiment en solo, c’est plus un instrument de groupe. Trop de médium, ça rentre en conflit avec la voix.

 

On parlait de John Butler tout à l’heure, ce n’est pas trop frustrant de le voir partout maintenant alors que vous étiez là avant ?

Jeff : Il est plus connu, mais c’est très bien ! Il n’a volé ce succès à personne, ce n’est pas comme s’il sonnait exactement comme moi. Il a effectivement été influencé par mon jeu ou la manière dont je sonne, mais ce n’est pas comme s’il m’avait copié. Il a pris ces éléments et les a arrangés à sa sauce, comme j’ai fait avec David Linley, Richard Thompson, Bob Dylan ou Fred McDowell, tous ces gens qui m’ont influencé. Je ne sonne pas comme eux, je n’ai pas l’impression de les avoir copiés ou singés, et je ne pense pas qu’il le fasse non plus avec moi donc je ne vois pas pourquoi j’aurais un problème avec le fait qu’il ait du succès. D’autant que si ça peut aider le public à nous découvrir c’est une très bonne chose. Il écrit des chansons très pop, les miennes sont plus sombres, plus torturées donc ce n’est pas comme si je m’attendais à avoir un énorme succès populaire, je suis même plutôt surpris d’avoir un public ! (rire général)

 

Vous avez tous les deux joué avec pas mal d’artistes différents, quel serait votre favori ?

Mick : Bob Dylan ! Il y en a eu beaucoup de très bons, mais pour moi, Dylan c’est la guitare, le songwriting… Je pense d’ailleurs que peu d’artistes australiens lui arrivent à la cheville sur ce terrain, donc c’est vrai que j’y reviens toujours. Durant l’enregistrement de mon dernier album, je me passais en boucle ses trois premiers albums et je les trouve toujours aussi extraordinaires. Ses parties de guitare sont géniales et il n’y a que lui, c’est totalement live. Pouvoir ouvrir pour l’un des derniers héros, c’était… Waouh.

Jeff : C’est sûr qu’ouvrir pour Bob Dylan, c’est clairement quelque chose d’un autre niveau, mais il y a quelques collaborations qui me sont chères, autant d’un point de vue personnel que musical. Bob Brozman, un guitariste incroyable et un type génial, passionné, drôle. On a fait un disque ensemble et on a joué dans un festival la semaine dernière à Adelaide en Australie et c’était terrible. Il suffit qu’on ait un peu de carburant pour fusée, et hop, c’est parti ! (rires) Chris Whitley également. On se connaissait depuis longtemps, et je respectais déjà énormément son travail avant qu’il me demande de faire un disque avec lui. Lorsque c’est arrivé, je n’ai pas pensé « oh, ça va m’aider à être connu ! » mais c’est quelque chose que je garderai toujours avec moi. Certains jours, le circuit et les maisons de disque te font perdre ta confiance en toi, en ta musique. Mais maintenant je sais que j’étais suffisamment bon pour lui, donc…Je les emmerde ! (rire général)

 

A ce sujet, j’ai vu que tu avais posté un podcast à propos de l’album avec Chris (NDR : Dislocation Blues) sur ton site.

Jeff : Oui, il y avait des choses jamais entendues, comme nos premières jams dans une chambre d’hôtel en Alaska, juste après que l’on ait commencé à parler de l’album. J’ai pensé que ce serait une bonne idée de faire écouter ces bandes, maintenant que Chris n’est plus là.

 

Mick, comment t’es-tu retrouvé à habiter Lille ?

Mick : En 1997, lors de la Blues Fest où Jeff et moi avons commencé à traîner ensemble, j’ai également rencontré Ben Harper, que quelqu’un avait conseillé de venir me voir sur scène. Ce soir-là, ça a été un excellent concert et lorsqu’il est venu nous voir dans les loges, il nous a félicités et nous a dit de venir en France. Etant fan de Jeff Buckley, je savais que lui aussi avait un grand succès ici donc j’avais de plus en plus envie de venir. Et finalement, c’est grâce à Stéphane Minier que j’ai pu faire mon premier concert à Paris et j’ai voulu rester un peu plus longtemps à chaque fois que je venais en tournée, les voyages étant tout de même très longs. J’avais envie de venir plus souvent, et pas seulement en tournée, donc en 2002 j’ai fait le grand saut. C’était sûrement dingue, vu que les choses commençaient à marcher pas mal en Australie mais il fallait que je le fasse. Je n’avais aucun plan, je suis simplement venu pour deux semaines sur Paris, et tout s’est enchaîné à partir de là puisque je suis resté un an, avant de repartir en Australie et de revenir l’année dernière. Tout ça l’amour du public, bien sûr, mais aussi pour être tout simplement là. La vie française, la nourriture, « les filles françaises » (NDR : en français dans le texte, et en riant).

 

Donc tu as trouvé ton « chez toi » ?

Mick : Oui, et c’est un voyage très étrange et c’est ce qui a donné son titre à l’album (NDR Finding Home). Chez toi, c’est là où tu as grandi, mais en même temps, plus ton voyage avance, et plus tu te demandes où tu es censé être. C’est quasiment insolvable, comme question, et tant mieux. Pour le moment, c’est la France, mais je vais tout de même rentrer en Australie pour Noël parce que j’en ai raté pas mal ces dernières années et que le soleil me manque, il faut le dire. L’année prochaine, je pense rester en Europe, mais où je vais vivre, « je ne sais pas » (sic). C’est une liberté que j’apprécie.

 

Jeff, comment as-tu rencontré Tété ?

Jeff : Ca s’est fait via Stéphane Minier, dont Mick parlait tout à l’heure, qui s’occupait de la tournée de Tété à l’époque. Stéphane a organisé un concert pour Mick et moi-même à la Boule Noire et  s’est dit que ce serait une bonne chose que je tourne avec d’autres artistes pour me faire découvrir du public. Tété et moi nous sommes donc rencontrés et le courant est passé immédiatement, il est génial, très drôle, et c’est un excellent musicien. C’est aussi un excellent songwriter qui fait de la pop de haute volée. Ses musiciens sont très bons également et ils sont tous devenus des amis très proches.

 

Et pourtant on vit une époque étrange, où les musiciens ne sont pas tous forcément honnêtes ou amicaux.

Mick : Il y en a encore !

Jeff : Oui, plein. Il y a encore beaucoup de bonnes musiques à découvrir également. Ce n’est plus comme dans les années 70 où Warner Bros avait signé Ry Cooder, par exemple. S’il sortait maintenant, il serait sûrement sur un petit label indépendant et vendrait quelques centaines d’albums, mais il est sorti à une époque où tout était encore possible. Malheureusement, nous n’en sommes plus là, mais  il y a encore beaucoup de gens talentueux, qu’il faut simplement chercher plus profondément. Des centaines de disques sortent chaque semaine, comme tu le sais, et pour trouver la perle rare, il faut chercher.

Mick : Internet est une révolution également.

Jeff : Oui, les gens peuvent te découvrir grâce à ça.

 

D’ailleurs, j’ai vu quelques vidéos de vous sur le net.

Mick (hilare) : Oui, la dernière fois que j’ai joué en France, le lendemain c’était sur la toile ! C’est cool car ça montre que les gens tiennent à toi, à ton travail, et ont envie de le partager.

Jeff : J’ai fait un concert au Festival de Guitare d’Adelaide et plusieurs personnes sont venues jammer, dont Vishwa Mohan Bhatt, un joueur de sitar indien incroyable. C’était génial et deux jours plus tard, la vidéo était sur le net donc je l’ai téléchargée. Ca avait été filmé du public, donc je me suis dit que je n’étais pas le seul à penser qu’il fallait enregistrer ça ! (rires)

 

Vous avez tous les deux enregistré plusieurs albums. Mick, c’est ton quatrième, et Jeff c’est ton treizième c’est bien ça ? (rire général)

Mick : C’est beau…

Jeff : Très peu de ces disques ont été distribués en Europe, et en fait, j’ai plutôt une carrière underground. Curieusement, j’ai enregistré mes premiers albums parce que les gens n’arrêtaient pas de me demander à la fin des concerts si j’en avais et que je préférais dire « oui » que passer mon temps à dire « non ». Mais je ne les ai même pas faits dans le but de les promouvoir, je ne les ai même pas envoyés à des radios ! J’étais très con. (rires) Tu sais, au début des années 90, tout ce qui était plus ou moins considéré comme « bluesy » était underground. Je ne me considère par comme étant « bluesy », mais j’en intègre des éléments, puisque je peux autant être influencé par Bob Dylan, Tom Waits, ou Richard Thompson, que par Blind Willie Johnson, Skip James ou Robert Johnson. De nos jours c’est devenu très courant, mais à l’époque, c’était vraiment difficile d’être exposé médiatiquement et tu finissais par ne plus y penser. Donc le fait de jouer devant quelques personnes et de se faire plaisir sur scène à chaque fois, c’était le seul plan de carrière possible et une manière de tenir jusqu’au prochain concert, en gagnant suffisamment d’argent pour t’acheter à manger et payer ton essence. Ca a été mon fonctionnement pendant longtemps, donc c’est pour ça que je tique quand tu me parles de tous ces albums. (rires) Une douzaine d’albums en Australie et je commence seulement à en faire connaître au reste du monde, je me dis que je fais vraiment tout à l’envers ! (rires)

Mick : Ce qui est beau, c’est qu’il est resté honnête vis-à-vis de son art, que les chansons sont là, enregistrées. J’adorerais retourner aux années 60, quand de nombreux artistes sortaient au moins autant de disques, sans cette pression ridicule des maisons de disque pour sortir L’Album.

Jeff : Exactement, on ne devrait jamais penser qu’on peut être résumé à un album.

Mick : C’est ce que j’admire chez Jeff, il continue de créer.

Jeff : Le truc, c’est que si tu dois être jugé sur tes enregistrements, autant que ce soit sur la globalité de ces derniers. Il y a un artiste australien appelé Slim Dusty qui, quand il est décédé, avait enregistré plus d’une centaine d’albums différents en cinquante ans de carrière ! Et la plupart de ces disques étaient underground, il jouait partout : Dans le désert, chez les aborigènes, dans des villes si petites qu’elles ne sont même pas sur la carte. Partout, et avec un groupe fait de membres de sa famille. C’est tout sauf prétentieux, j’adore ça ! (rires)

Mick : Pareil pour moi.

Jeff : Tout doit se vendre de nos jours, et en même temps il faut bien vivre. Mais se demander à chaque fois qui est le plus gros vendeur ou le plus connu, ce n’est pas ça qui est important. « Est-ce que ça m’émeut ? ». Il n’y a que ça qui m’importe, je me fiche de savoir si c’est à la mode ou si tout le monde m’en parle. Et ça peut d’ailleurs avoir l’effet inverse et te rendre méfiant si des tas de gens n’arrêtent pas de te parler de quelque chose. Le plus important, et la seule chose qu’il reste à la fin de la journée, c’est l’émotion que tu peux ressentir. Le reste n’a vraiment aucune importance.

 

Gregg M

6 décembre 2007

 

http://www.jefflang.com.au/

http://www.myspace.com/jefflangmusic

http://www.mickhart.com.au/

http://www.myspace.com/mickhartmusic 

05.02.2008

[Xroads #03] Tom McRae

 

Tom  McRae

 

End Of the World News


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Paradoxe vivant, et finalement très anglais, Tom McRae est tour à tour déprimant et hilarant, engagé et détaché, râleur et railleur, mais toujours passionné. Alors que la tournée visant à promouvoir son dernier album en date, King Of Cards, est terminée à l’heure où vous lisez ces lignes, Tom fait le point. Discussion sans langue de bois sur le passé, le présent et l’avenir d’un artiste entier dans un monde musical en pleine mutation.

 

Que penses-tu de ce que Radiohead a fait avec son dernier album, In Rainbows ?

Le monde de la musique deviendra libre en fin de compte quand il se débarrassera de tout ce qu’il a créé. Les fans ont envie d’aider les artistes à tourner, à enregistrer, à continuer la musique. Ils paieront pour t’aider, mais pour ça il faut que tu en prennes soin. Tu peux payer 4 ou 5 livres pour un album, mais pas 15, parce qu’une fois terminé ça ne coûte pas 15 livres. On pourra également proposer des bonus sur le site, des morceaux inédits, des titres live... Prends soin de tes fans, et ils prendront soin de toi. Mais attendre que le public se déplace pour acheter 20 euros un album, c’est dépassé.

 

J’ai lu que Jamiroquai et Oasis voulaient faire la même chose.

Le prix d’achat moyen pour In Rainbows a été d’environ 4 livres, quelques fois moins, quelques fois plus, mais très honnêtement je pensais que ce serait 0 livres ! Apparemment, les gens se disent qu’ils ne devraient pas l’avoir pour rien. Ils aiment l’artiste, son art et tout ça a une valeur, simplement ce n’est pas la valeur que donnent les maisons de disques depuis 30 ans.

 

Trent Reznor (NDR : Nine Inch Nails) a récemment encouragé ses fans à pirater son dernier album après s’être rendu compte qu’il coûtait jusqu’à 30 dollars en Australie.

Tu peux t’en sortir tant que tu peux tourner. Sans trop augmenter le prix des billets, parce que c’est là le prochain écueil, et je vois qu’à Paris aussi les prix n’arrêtent pas de flamber. Mais le public continuera de venir aux concerts, d’acheter des t-shirts, et on a la technologie maintenant pour distribuer l’enregistrement du concert auquel ils viennent juste d’assister, sur des clés USB à la sortie du show pourquoi pas. Il y a moyen de survivre, il faut juste être malin et bien penser à tout. On verra bien. Touchons du bois !

 

Quelles chansons aurais-tu voulu avoir écrites ?

Il y a un certain nombre de chansons que j’écoute tout le temps, parce qu’elles représentent la perfection à mes yeux : bonnes paroles, bonne mélodie, bonne production. Deux d’entre elles sont du même auteur, Paul Simon. La première est “America”, la seconde “The Only Living Boy in New York”. C’est tout ce que j’aime en musique : de bonnes mélodies et de bonnes paroles., mais tout ça peut être ruiné par la production. Quelques fois, malgré tout, la production va dans le bon sens. J’aime quand il y a plusieurs niveaux : Tu écoutes la chanson, la mélodie, et tout d’un coup quelque part il y a un son, une réverb, qui t’emmène ailleurs à travers ces couches sonores. C’est ce qu’il se passe avec ces disques et ils sonnent toujours merveilleusement aujourd’hui. Sur « America » il y a ces « hmm hmm » qui sont géniaux (il se met à chantonner) . Sur « Only Living Boy In New York », tu as ces choeurs bourrés de réverb qui donnent l’impression de venir de très loin. C’est avec ces chansons que j’ai appris ce que je voulais voler, et utiliser. Il y a sûrement d’autres chansons, mais celles-ci ont vraiment représenté un palier.

 

Tu as fait une reprise d’Alain Bashung, « La nuit je mens », tu pourrais m’en dire plus ?

Le magazine Magic m’a demandé si je voulais faire une reprise d’une chanson française à l’époque. J’ai accepté mais je leur ai dit que je ne voulais pas reprendre un classique, ni une chanson trop « variété ». À la rigueur une chanson un peu « variété » et en faire quelque chose de cool. Ils m’ont envoyé pas mal d’albums, j’ai écouté celui-ci (NDR : Fantaise Militaire) et j’ai trouvé que c’était une bonne chanson tuée par une mauvaise production. J’ai dit ok, j’aime la mélodie, les paroles un peu absurdes, très lyriques. Donc on l’a faite.

 

Sais-tu de quoi elle parle ?

J’ai lu et relu les paroles, et je n’arrive pas à y trouver un sens. Il a dit de quoi elle parlait ? Je suppose que ce n’est pas à propos de se jeter du haut des aqueducs.

 

Pas vraiment, il a expliqué que c’était une chanson sur les résistants de la seconde guerre mondiale.

Hmm. Ok, je l’aime encore plus alors. C’est cool ! C’est une bonne chanson. Et Alain Bashung est un personnage vraiment intéressant, il est dans le circuit depuis longtemps. On a fait un concert ensemble il y a quelques années.

 

Tu m’avais dit une fois que tu l’avais trouvé étrange.

Un peu dans son monde, disons. Après tout, on finit tous dans notre propre monde, c’est tellement plus simple. Mais il était cool.

 

Feras-tu d’autres chansons en français, à toi par exemple ?

Oh oui, bien sûr, ça va se faire ! Je dois trouver des gens qui m’aideront à ne pas tomber dans la variété ou la facilité. Je veux composer des chansons qui tiennent la route et la comparaison avec le reste du paysage français. Qui sait ? Si j’arrive à trouver du temps, ça va se concrétiser.

 

Il y a des allusions à la religion dans tes textes et je sais que tes parents étaient prêtres. À quel point cela a-t-il une influence sur ton écriture ?

Ça n’en a pas vraiment, je ne parle pas de la religion dans le sens où tu l’entends. Il se trouve que les métaphores religieuses sont compréhensibles par tout le monde, que tu sois de n’importe quelle culture ou religion. Tout le monde comprend le principe de Dieu ou de Diable, de Paradis ou d’Enfer. Ce sont des raccourcis poétiques, que chacun peut comprendre, et c’est uniquement pour cela que je les utilise. Mon enfance ou mon éducation religieuse n’ont pas de poids là-dedans, j’aime juste utiliser ce langage, comme un poète.

 

Si tu devais choisir un moment dans ta carrière qui t’a marqué jusqu’à maintenant, quel serait-il ?

Il y a tant de grands moments, et je pense que les meilleurs sont toujours à venir. Et les meilleurs moments résident aussi dans les petites choses de la vie. Être sur scène à l’Olympia devant 2500 personnes qui deviennent dingues, ça c’est un moment très spécial. En même temps, tous les soirs, je repars en bus avec mes amis, on parle, on regarde des films, on écoute de la musique... Ça pourrait être un détail, mais je ne peux faire ça que parce que je fais de la musique. La vie m’offre beaucoup de choses simplement parce que j’ai décidé de faire carrière dans la musique. M’arrêter près d’une rivière pour pêcher une petite heure, conduire à travers les champs en Norvège, pouvoir jouer à Montréal... Ce sont les petites choses qui me font penser que j’ai pris la bonne décision et que la musique est définitivement quelque chose de très puissant et important. C’est primordial de la servir et de la répandre, pas de se servir d’elle.

 

Tu parlais de l’Olympia, ce n’est pas difficile de passer maintenant dans de plus petites salles (NDR : Le Nouveau Casino, cette fois-ci) ?

Non, c’est toujours comme ça. J’ai fait la Cigale la dernière fois et j’aurais pu y revenir, même sans savoir si la salle aurait été remplie, mais on a préféré opter pour un endroit plus petit pour que, si les mêmes spectateurs revenaient nous voir, la salle serait comble et le public comprendrait que c’est un spectacle spécial et intimiste, sachant que je ne devrais pas rejouer dans des salles de cette taille avant un moment. J’espère. Mais il faut toujours garder cette envie de faire quelque chose de spécial. Le pire serait de ne pas accepter les hauts et les bas et d’être énervé en disant « j’étais connu avant » ou « je pensais que je pouvais l’être et maintenant je ne le suis plus ». Alors que je vais dans certains pays et je suis toujours très populaire, ou je vais en Amérique où je suis un outsider. Chaque pays est différent, donc je ne m’inquiète pas vraiment des hauts et des bas. Le groupe sera plus ou moins connu suivant comment tout marchera, mais je n’y pense pas. Le choix serait de continuer ou d’arrêter, et je ne vais pas arrêter.

 

Pourquoi ai-je souvent l’impression que tu emploies un ton très cynique, très ironique, avec une rage rentrée ?

C’est moi, c’est tel que je suis. Je ne prends pas tout ça au sérieux, je ne prends pas la vie au sérieux. Mais je prends la musique très au sérieux. Je suis en colère après pas mal de choses, et je pense que tu peux prendre pas mal de choses sérieusement mais surtout pas toi-même. Quand j’écris une chanson, j’y crois. Quand je joue une chanson, j’y crois. Tout le reste, c’est de la connerie. Une personne va m’aider à vendre mon disque, ou à me vendre moi-même, une autre va tenter de l’empêcher, et je ne contrôle rien de tout ça. Certaines choses vont bien se passer, d’autres non, et je n’ai aucun contrôle là-dessus non plus. Mais je peux contrôler mon écriture et mon image, le reste n’a pas d’importance. J’ai compris il y a longtemps que pour pouvoir s’amuser, et profiter des bons et des mauvais jours, tout est une question d’équilibre entre les bonnes choses et les conneries.

 

Comment vois-tu ton avenir ?

Les maisons de disques agonisent. Le label chez qui je suis, V2, est dans une mauvaise passe et mon contrat ne sera pas renouvelé, ce qui est une bonne chose. Je peux prendre plus de risques, que ce soit avec les labels, les chansons où les idées que je peux avoir concernant les concerts. Et au final, faire plus de musique ! Parce que lorsque tu es signé, tu ne peux sortir qu’un album tous les deux ans, donc j’aurai la possibilité d’écrire plus et d’avoir le choix : mettre certaines chansons sur l’album ou directement sur internet. Peut-être que ça ne me rapportera pas plus d’argent, mais je pourrai essayer de prendre une place plus importante dans la vie des gens, dans leur culture. Je ne peux pas garantir que je deviendrai plus connu ou que j’aurai plus de succès, mais peut-être que d’ici cinq ans il y aura toujours des gens pour se demander « que devient Tom McRae ? Il a sorti un album récemment ? Il est toujours en tournée ? ».  Pour moi, les artistes qui peuvent s’accrocher et tenir le coup maintenant seront les stars dans cinq ans. Beaucoup de groupes vont se séparer, les musiciens qui font ce métier pour de mauvaises raisons vont disparaître... C’est vraiment une période très intéressante. Si la situation devient plus difficile, la musique n’en sera que meilleure et les choses vont changer. Le changement fait partie de la vie. On s’en sortira.

 

Je crois savoir que tu travailles déjà à un nouvel album.

Oui, plusieurs choses sont en chantier. Je n’ai absolument aucune idée de ce que ça va donner.

 

On l’avait déjà évoqué, mais pour moi ton album le plus abouti est Just Like Blood.

Je l’aime beaucoup également.

 

Les suivants, All Maps Welcome et King Of Cards, ont à mon sens manqué de cette atmosphère et ont finalement été desservis par une production un peu trop évidente et moins personnelle, même si les chansons sont bonnes puisqu’elles semble renaître sur scène. Penses-tu revenir à quelque chose de plus nu, de plus intime pour le suivant ?

Ma réaction naturelle une fois qu’un album est terminé est de m’en détacher, donc je dirais que le prochain album sera très différent du dernier en date, si ce n’est des deux derniers. La chose la plus intéressante vis-à-vis de ces deux derniers albums était d’essayer de ne pas se la jouer trop « cool ». Parce que c’est très simple d’écrire des chansons qui ont des paroles intéressantes, une mélodie et une structure pas trop mal, et de les rendre cool grâce à une production léchée. C’est de la lâcheté. Je comprends que tu ne les aimes pas, parce qu’ils ne sont pas faits pour des gens comme toi. Je voulais quelque chose d’assez carré, avec des mélodies fortes, de bons refrains, de bons mots et une structure très linéaire. Je me suis dit : ce ne sont que des chansons après tout. Après on vient me dire que l’on aime ceci ou que l’on n’aime pas cela, mais j’avais envie de le faire. Je ne suis qu’un songwriter et certains jours je serai cool, d’autres non. La plupart du temps je ne le suis jamais d’ailleurs. Mais il faut enregistrer un album avec son cœur, c’est là que ça devient intéressant. Je déteste cette attitude très européenne qui veut que l’on ne s’intéresse qu’à ce qui est cool. Je préfère une manière plus démocratique de voir la chose, et qui dit : « ce n’est que de la musique ».

 

Attention, je n’ai pas dit que King Of Cards était mauvais, mais plutôt que la production ne lui convenait pas.

Il n’y a pas de problèmes, ne t’inquiète pas. Effectivement, on l’a voulu très direct, très immédiat. Certaines personnes viennent me voir et me disent que c’est leur préféré, et même moi j’avoue que je ne l’aime pas tant que ça, alors je leur demande « vous êtes sûr ? ah ok ».

 

Donc je peux te dire qu'à mon sens le plus abouti est Just Like Blood ?

Bien sûr ! Il y aurait 4 personnes dans la pièce, elles choisiraient sans doute chacune un disque différent. Une fois qu’un album est terminé, il ne m’appartient plus et surtout je ne m’en préoccupe plus. Tu pourrais le casser, le manger ou le brûler en plein milieu de la rue que je ne m’en préoccuperais pas plus, je l’ai enregistré. Un album n’est pas censé me représenter toute ma vie, ce n’est qu’une partie de moi, 3 mois sur une année. Donc non, vraiment, ça ne me pose pas de problème.

 

Depuis que je te connais et que je te suis, j’ai toujours remarqué une certaine connexion entre le public français et toi en concert, un respect. Qu’en penses-tu ?

J’espère qu’il y a cette connexion ! Je fais mon possible pour qu’elle arrive où que je sois. Le public français a été le premier à m’accepter et mon comprendre et, même si c’est arrivé ailleurs par la suite, j’y reste très attaché. C’est un peu comme un premier amour, on y revient toujours. Ce serait facile de jouer au type cool, au poète qui rentre en scène sombre et déprimé, et ça irait très bien avec la musique. Mais j’aime l’idée de pouvoir parler entre les morceaux, après tout on est tous là pour s’amuser.

 

Gregg M

22 octobre 2007 

 

http://www.tommcrae.com

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25.01.2008

[Xroads #03] Amy MacDonald

Amy MacDonald

 

Glasgow Princess

 

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À voir le paysage audiovisuel et musical actuel, on pourrait penser que les moins de 20 ans sont tous fans de R’n’B ou de Tecktonik et veulent devenir artistes pour devenir des « pipôles ». Tous ? Non, un bastion résiste encore et toujours face à l’envahisseur et son ambassadrice s’appelle Amy MacDonald. Dotée d’une maturité paradoxale quant à son âge et d’une vision de la vie que des quadras éplorés cherchent encore, elle fait souffler un vent de fraîcheur et de spontanéité sur nos platines avec un premier album épatant : « This Is The Life ». Rencontre avec une artiste majeure, dans tous les sens du terme.

 

Amy, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Eh bien j’ai 20 ans, je suis chanteuse, songwriter et je suis originaire de Glasgow en Ecosse. J’aime écrire sur la vie, les choses qu’il m’arrive, les gens que je connais, mais sur un rythme enlevé et entraînant pour que les gens puissent taper du pied en m’écoutant. (rires)

 

C’est une définition qui collerait bien au Folk.

Pas mal de personnes ne me voient pas rentrer dans cette catégorie mais je pense qu’ils ne s’y connaissent pas réellement en Folk, parce que ce n’est pas tellement un genre mais plutôt un mode de vie. Ecrire des chansons, raconter des histoires, c’est ce que je fais. Ça me correspond assez bien.

 

As-tu des sujets précis sur lesquels tu aimes écrire ?

Non, pas du tout. On m’a demandé quel était le thème de l’album et la réponse est qu’il n’y en a pas un mais qu’ils sont nombreux. Il y a cette chanson qui a donné son titre à l’album, « This Is The Life », que j’ai écrite sur mes amis,  « Run » qui m’a été inspirée par un concert des Killers, ou encore « Poison Prince », qui a été écrite pour Pete Doherty. Tout est très différent donc c’est difficile de trouver un thème particulier.

 

As-tu mis toutes tes compositions sur l’album ou en as-tu laissé de côté ?

Celles qui n’étaient pas aussi fortes que celles qui ont fini sur l’album. Je suis jeune, je n’ai pas encore un grand répertoire dans lequel je peux piocher des chansons pour faire un album, donc pour le second je repartirai de zéro avec des choses totalement nouvelles.

 

As-tu déjà une idée ce que sera le prochain album ?

Non, vraiment pas, je n’ai pas le temps d’y penser. On a commencé à m’en parler alors que le premier n’était pas encore connu mais quand l’album sort, que tu en fais la promotion, tu n’as plus de temps pour toi. Ce serait physiquement impossible pour moi de sortir une guitare et d’écrire parce qu’il n’y a pas assez d’heures dans une journée donc il me faudra sûrement un an pour le prochain. Six mois pour me retrouver et six mois pour écrire de nouvelles chansons.

 

Penses-tu que ta manière d’écrire va changer, considérant ton nouveau mode de vie ?

Bien sûr, les gens changent. On mûrit, on voit les choses d’un autre angle. On avance et il y a déjà des preuves de ça dans l’album. La chanson « Youth Of Today », que les gens ont extraite de son contexte et ont perçue comme un appel aux jeunes alors que ce n’était pas le cas du tout, a été écrite quand j’avais quinze ans alors que « Run » a été composée l’année dernière. Pour moi la différence entre les deux est tout simplement phénoménale, « Run » est une chanson beaucoup mieux construite que « Youth Of Today ».

 

À l’écoute de ton album, qui est très mûr, on ne soupçonnerait pas que tu puisses être si jeune, surtout considérant le style des jeunes artistes actuels. Penses-tu tout de même faire partie d’une famille musicale ?

Je ne sais pas, je pense que pas mal de gens peuvent s’identifier à mon univers. Si je devais avoir un double, ce serait Newton Faulkner. Son album est sorti le même jour que le mien, on s’est rencontrés pas mal de fois et on fait sensiblement la même chose, excepté que c’est un garçon et moi une fille. Il fait de très belles choses et je l’apprécie beaucoup.

 

Penses-tu que le fait que tu sois écossaise à une influence sur toi ?

Oui, bien sûr. Je suis fière d’être écossaise, je suis fière de mon pays, donc ça doit forcément ressortir d’une manière ou d’une autre, d’autant que j’aime bien souligner cet aspect de moi. La dernière fois que je suis venue en France, j’ai fait Taratata le soir où la France jouait contre l’Ecosse et on a gagné (rires). Du coup les cameramen et le reste de l’équipe venaient me dire « On est fans des Corrs maintenant ! » parce qu’ils avaient été battus ! (rires) Tout le monde était adorable et comprenait parfaitement que je supporte mon pays.

 

À ce que je sais, tes modèles sont exclusivement des hommes.

Oui, je n’ai pas pour l’instant vraiment réussi à me retrouver dans la musique d’une femme.  La  seule qui me vient à l’esprit serait Annie Lennox, que je trouve merveilleuse et qui a fait de très belles chansons, mais ça ne m’a jamais autant accrochée que les Killers, les Libertines, Bruce Springsteen ou David Bowie.

 

Penses-tu ouvrir la voie à une nouvelle génération de femmes songwriters ?

Je suis sûre qu’il y en a qui le faisaient déjà avant et le font maintenant, comme KT Tunstall. Ce serait génial si grâce à moi il y avait plus de femmes à faire ça. Si l’on regarde les Brit Awards de l’année dernière, c’était la première fois qu’il y avait une vraie compétition dans la catégorie « artiste féminine ». Des artistes qui n’avaient pas sorti un album depuis cinq ans se retrouvaient face à face, et en même temps il y avait Amy Winehouse et Lily Allen. C’était bien de voir à nouveau une vraie compétition et de voir qu’il y avait des femmes talentueuses, capables de produire de la bonne musique. C’était excitant.

 

Comment était-ce d’ouvrir pour Paul Weller ?

C’était génial. Paul Weller est adorable et un homme totalement normal. Il joue avec Steve Craddock d’Ocean Color Scene, et tous les deux me regardaient des coulisses pendant que je jouais, alors que la plupart des gens ne s’occupent pas des groupes qui ouvrent pour eux. Ils m’ont beaucoup encouragée, Steve a même joué sur l’une de mes chansons et Paul a proposé que l’on utilise son studio. C’était vraiment une expérience inoubliable d’ouvrir pour une telle légende et de rencontrer des personnes qui aiment réellement ma musique. Ma tournée préférée jusqu’ici.

 

Pour qui d’autre jouerais-tu les premières parties ?

Que ce soit pour mon groupe ou moi toute seule, il y en a un : Bruce Springsteen. Il est génial et ses concerts sont vraiment à voir. Même si je sais qu’il n’a plus de premières parties depuis quinze ans je continuerai de rêver.

 

Comment s’est passé l’enregistrement de l’album ?

Très bien. Tout était très cool. En fait la plupart de mes parties ont été enregistrées il y a deux ans et n’ont pas changé, puis pour ce qui est de la production, mon manager et moi nous sommes enfermés dans son studio et nous avons joué tout simplement. Je n’avais pas encore été signée chez Universal à ce moment-là donc il n’y avait pas de pression, on s’amusait beaucoup. Lorsqu’il a été temps d’aller dans un vrai studio, je suis restée à observer et à jouer les curieuses et là aussi ça a été très amusant. Vraiment une expérience très cool et très intéressante.

 

Quel a été ton degré d’implication dans les arrangements des chansons ?

Je savais où je voulais faire aller les chansons et le fait que Pete (NDR : Wilkinson, producteur et manager) et moi ayons joué dans son studio avec un piano et toutes sortes d’instruments nous a permis de voir comment elles allaient sonner. J’avais en gros 50% des arrangements, lui les 50% restants mais tout s’est bien assemblé et au final on était d’accord sur pas mal de chose, on a des goûts similaires.

 

Tu as des arrangements très fouillés sur l’album, ce n’est pas un peu frustrant de devoir t’en passer lors de tes concerts solo ?

Ce n’est pas vraiment frustrant parce que j’aime jouer et que ça reste très vivant, d’autant que je joue le plus souvent avec mon groupe et que tu peux du coup entendre réellement l’album avec tous ses sons. Peut-être pas exactement de la même manière mais on garde ce qui sonne bien. C’est bien de mélanger, quelques fois je vais préférer jouer en acoustique parce que c’est plus direct et qu’on te pardonne tes erreurs, alors que si tu te plantes dans un groupe, tout le monde se plante (rires). Mais même avec le groupe, je vais me garder une ou deux chansons en acoustique, histoire de varier un peu.

 

Avec qui aimerais-tu collaborer?

Celui dont je parle à chaque fois, et qui est le premier sur ma liste, est Fran Healy, le chanteur de Travis. Ils ont été le premier groupe que j’ai aimé, et sans eux je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. Mais aussi Paul Weller, Steve Craddock, Pete Doherty, pourquoi pas Bruce Springsteen. Des artistes et des influences que pas mal de gens partagent avec moi, je pense.

 

As-tu rencontré Fran Healy ?

Oui, quand j’étais plus jeune et que je les suivais partout (rires). Même en tant que fan, ils étaient adorables avec moi.  Et quand j’ai rencontré Fran, cette fois comme artiste, il a été d’un grand soutien en me disant que je pouvais lui poser n’importe quelle question étant donné qu’il avait déjà vécu tout ça avant, et que ça pouvait m’aider. Il m’a aussi dit qu’il était fan de ma musique et m’a même chanté une de mes chansons, ce qui était très étrange. C’était vraiment cool de pouvoir remercier le groupe qui m’a fait débuter et de pouvoir leur dire combien je les aimais.

 

Penses-tu que le « rock’n’roll lifestyle » t’a changée ?

Pas vraiment, ce n’est pas très glamour (rires). Comparée à Pete Doherty ou Amy Winehouse, avec leurs excès en tous genres, je suis très mûre vis-à-vis de ça. Voire même ennuyeuse, pour être honnête. Si je sais que j’ai un jour de congé, la veille je ne vais pas boire ou me coucher tard parce que je n’ai pas envie d’être de mauvaise humeur ou malade le lendemain. Si je ne joue pas, je préfère rester à la maison, regarder la télé ou traîner avec mes amis, être normale en fait. Et je ne sors même pas avec mes amis, parce que si j’ai un concert le lendemain, il faut que je puisse être opérationnelle à 100%, ce qui n’est pas le cas si je sors boire donc je ne le fais que lorsque j’ai suffisamment de temps. Je ne suis pas vraiment glamour, ni rock’n’roll (rires).

 

Tu as écrit une chanson sur Pete Doherty (NDR : Poison Prince), sais-tu s’il l’a entendue ?

On m’a beaucoup posé la question, mais il se trouve qu’il y a deux semaines, on a fait une émission ensemble, Transmission sur Channel 4, et il est venu me voir. Il m’a demandé si j’étais Amy, s’est présenté et a demandé s’il pouvait emprunter ma guitare. On a discuté, joué et chanté, puis on a fait nos interviews respectives. Durant la sienne, on lui a demandé s’il avait entendu ma chanson et il a répondu que non car il était interloqué par le titre, qu’il pensait être « Poison Prick » (NDR : on pourrait traduire Prick par « enculé »), ce qui est vraiment une grosse insulte (rires). C’est donc pour ça qu’il ne l’avait pas encore écoutée, mais c’est une des choses les plus drôles que j’ai entendues. Lorsque le journaliste lui a posé la question, il a simplement répondu « pourquoi écouterais-je une chanson qui dit de moi que je suis un Poison Prick ? ». Le journaliste lui a alors dit que c’était « Poison Prince », ce à quoi il a juste répondu « Ah... » (rires). Je ne sais pas s’il l’a écoutée depuis, peut-être que oui. Il avait l’air d’être un type bien, mais je ne me voyais pas lui demander directement s’il avait écouté ma chanson. Toujours est-il qu’il a été très sympa.

 

Quelle chanson aimerais-tu reprendre ?

On aime beaucoup jouer « Mr Brightside », des Killers. Pour Noël, nous allons jouer à Glasgow pour le Barrowloand Ballroom Christmas Gig, qui est un très gros évènement et nous voulions trouver quelque chose de spécial donc nous avons choisi « Fairytale Or New York » (NDR : des Pogues), qui est une chanson magnifique. Nous avons commencé à la répéter et nous nous sommes rendus compte qu’il faudrait un homme pour la chanter avec moi, donc on fait le tour de nos contacts. J’ai demandé à Fran, mais je crois qu’il est très occupé. Pourquoi pas Paul Weller, ce serait génial. Steve Craddock nous a déjà dit qu’il voulait venir jouer avec nous, et vu que Paul et lui sont amis, il va l’appeler et lui demander (rires).

 

Où te vois-tu dans dix ans ?

Je ne sais vraiment pas. Le monde de la musique est tellement imprévisible, c’est impossible de savoir comment les choses vont évoluer. Dans dix ans, je serai peut-être dans ma maison, avec un travail normal, et je serai sûrement heureuse. J’ai rencontré tant de gens extraordinaires, fait tant de choses durant ces deux dernières années, que je ne pourrais pas être déçue ou amère. D’un autre côté, si j’étais toujours là dans dix ans, je me sentirais honorée et heureuse. Mais laissons le temps au temps.

 

Es-tu heureuse maintenant ?

Oui, très.

 

Gregg M

7 nov 2007 

 

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24.12.2007

[Xroads #02] Eric McFadden

 

Eric McFadden

 

Welcome to the Freak Show

 

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Eric Burdon et George Clinton vous le diraient : Eric McFadden est un bon, et même un très bon. Avec son mélange de rock bluesy, de flamenco électrifié et d’ambiances tantôt feutrées, tantôt enragées, la musique d’Eric McFadden est inclassable et singulière. Rencontre avec l’ambassadeur du « voodoo-blues », à la suite d’un concert mémorable au Café de la Danse, destiné à promouvoir son dernier album solo, Let’s Die Forever...Together. C’est donc avec une grande joie (et un foutu mal de dos...) que votre serviteur a eu le privilège de deviser avec l’artiste, le tout entrecoupé par l’envahissante musique d’ambiance d’un café, un serveur récalcitrant et quelques réflexions sur l’ordre politique mondial :
Pour eux (NDR : les gouvernements), des gens comme nous n’ont aucune valeur. Pourtant nous devrions justement être vus comme des gens de valeur puisque nous sommes le reflet de l’époque et que nous apportons au public un certain de sens de la beauté, de la communion. On aide les gens à mieux supporter tout ce qui ne va pas dans leur vie, on les aide à faire face. La liberté d’expression représente la liberté de penser, mais ils ne veulent pas que les gens pensent. Donc l’art est mauvais puisqu’il fait penser. Il devrait être détruit ! (rire général) On devrait commencer une campagne pour détruire l’art, tu ne crois pas ? (lève son verre et porte un toast) A notre propre destruction ! (rire général)
Les fauves sont lâchés, bienvenue au Cirque Vaudou !



Tu as joué au Café de la Danse le 8 octobre dernier, j’y étais et j’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé que sur scène, tu avais un côté « bête civilisée ».
Merci (rires)

J’ai eu l’impression de voir le véritable Eric McFadden, et que ce n’était pas un personnage.
Oui, c’était moi ! (rires) Tu sais, même si il y a un personnage, c’est ce que je suis dans la vie. Quelques fois, c’est agréable de se comporter d’une manière un peu particulière, juste pour son propre amusement. Et puis c’est trop de travail d’être quelqu’un d’autre sur scène. Les chansons reflètent qui je suis alors pourquoi devrais-je prétendre être quelqu’un d’autre ? Ce serait différent si c’était une pièce et que je devais réellement jouer un personnage, mais là…

J’ai remarqué que le thème de l’errance était récurrent dans ta musique, notamment dans deux chansons du dernier album, « Never Go Home » et « Ship Without A Dock ». Cela a-t-il un rapport avec le fait que tu voyages beaucoup?
Ça peut être lié à pas mal de choses. Le fait que j’ai déménagé plusieurs fois, le fait que je continue à le faire puisque je suis toujours en tournée, le fait que je sois rarement chez moi. Quelques fois, je suis allongé sur mon lit tard la nuit et j’ai le sentiment d’être déconnecté, une sorte d’âme perdue. Et dans ces moments-là je me sens minuscule. Tu sais, avoir une relation quand tu es sur la route peut être très difficile. Et j’ai cette passion pour l’amour, comme tout le monde je pense. J’ai eu énormément de mal à garder mes dernières longues relations, parce que je voyage beaucoup. Du coup, je cherche d’autres types de relations. Tout ça pour dire que les répercussions de ce type de vie sont à la fois belles et tragiques. Quand tu as vécu une période importante pour toi, qui t’a marqué profondément, tu as tendance à fantasmer dessus. Les gens romancent le passé. Mais une fois que ce moment est derrière toi, c’est terminé, tu ne peux pas y retourner. Je pense que c’est dangereux de rester focalisé sur le passé et de devenir trop nostalgique. Même si c’est parfois agréable d’avoir ce sentiment doux-amer où tu ris et tu pleures en même temps. Ah, l’été 1997 ! (rire) Tout le monde connaît ça, mais mon objectif est de vivre le moment présent. Après tout, ce qu’on vit maintenant appartiendra bientôt au passé, alors autant en profiter. Tout le monde est relié au passé, d’une manière ou d’une autre mais revivre là où on a vécu, refaire ce que l’on a déjà fait n’est pas une bonne chose. Il faut avancer. Profiter de la vie ! J’en ai assez dit, non ? (rires)

Puisque tu es toujours en voyage, considères-tu que tu as un « chez toi » ou est-ce que « partout où tu poses ton chapeau, c’est chez toi » ? (NDR : “Wherever I lay my hat, that’s my home”, de Marvin Gaye)
En fin de compte, c’est ce qui m’arrive. Mais j’habite à San Francisco depuis 13 ans, donc quand j’y reviens je me sens à la maison. C’est la même chose quand je vais au Nouveau-Mexique, que ce soit pour voir mes parents à Taos ou de la famille à Albuquerque. Et puis je suis né à New York, où j’ai grandi, et j’y retourne à l’occasion. Ce sont les trois endroits où j’ai vécu et qui se rapprochent le plus d’un « chez moi ». Et puis la maison c’est là où sont les amis et la famille, ton histoire. Tu sais, je passe tellement de temps sur la route que j’ai l’impression d’avoir beaucoup de « chez moi ». J’ai des amis partout dans le monde. Quand je vais à Barcelone avec mes amis, Paula (NDR : Paula O’Rourke, bassiste de son groupe et ex-femme), je me sens chez moi. Paula et moi avons vécu à San Francisco ensemble il y a quelques années et ça fait maintenant douze ans qu’on joue ensemble. Avec des hauts et des bas. Certaines personnes envient mon mode de vie, d’autres au contraire ne le comprennent pas. Ça dépend comment tu le vois.

Tu penses que c’est un choix ?
Certains vont penser que c’en est un. Mais en fait c’est cette vie qui m’a choisi, et pas l’inverse. Je n’ai pas le choix, c’est ce que je fais dans la vie. C’est soit ça soit être quelqu’un d’autre.

T’es-tu déjà imaginé faire quelque chose d’autre ?
Non, je pense que je me serais exprimé artistiquement d’une autre manière. Avant de me mettre à la musique, je dessinais. Les autres à l’école me demandaient des dessins. Je faisais des monstres marins, des bandes-dessinées… J’adorais ça et je me disais que c’était ce que je voulais faire. Quand j’ai eu sept ans, j’ai attrapé une guitare et j’ai commencé à jouer avec un petit groupe. Je ne jouais pas vraiment, tu vois, mais j’avais une guitare (rires). J’ai réellement commencé à jouer vers dix ou onze ans, quand j’ai appris une chanson des Beatles, et ça a tout changé. J’ai demandé à mon père de m’apprendre d’autres chansons et je n’ai plus vraiment dessiné après ça. J’ai continué un peu mais la musique à vraiment pris le pas sur le dessin. Je parcourais la collection de vinyles de mes parents et j’en choisissais en me basant sur les pochettes, comme je ne les connaissais pas. Beaucoup de Beatles, les Rolling Stones, Bob Dylan, Led Zeppelin avec Physical Graffiti. Mon père m’a aussi ouvert à Beethoven, Miles Davis. Mes parents étaient vraiment mordus de musique, et une fois que j’ai commencé à écouter tous ces disques, j’ai découvert un nouveau monde. Ça a changé ma vie. Je pense que j’aurais pu faire autre chose mais il semble que c’est ce pour quoi j’étais destiné. Et puis c’est trop tard. Mais si ça ne marche pas d’ici à une quarantaine d’années, je passerai à autre chose (rires).

Il y a beaucoup d’éléments ayant rapport au cirque dans ta musique, sont-ils fortuits ou voulus ?
Dans le domaine de l’art, tout ce qui arrive ne fait qu’arriver, sans pour autant qu’il y ait une raison. Je suis influencé par tout ce qui m’entoure, donc certaines choses prennent de l’importance de manière presque irrésistible et s’intègrent dans ma musique plus que d’autres, comme le flamenco par exemple. Je devais accompagner le fils d’un couple d’amis de mes parents à son cours de flamenco, en bus, puis l’attendre et le raccompagner chez lui. Mais dès que j’ai entendu les premiers accords, j’ai demandé au prof « je peux prendre une guitare et jouer avec vous ? ». Ça m’a ouvert à d’autres musiques. Tout comme j’ai toujours été fasciné par ces vieilles images de cirques, avec ces artistes, ces monstres de foire, ces gens qui faisaient toutes ces choses étranges. Mon ami R.K. Sloane, qui a dessiné la pochette de Dementia et pas mal d’autres (NDR : Vous visualisez le logo des Guns’n’Roses ? C’était lui), était fasciné par ça également. Et comme j’aimais ses dessins, j’ai voulu le rencontrer. Ça s’est fait en 1991 et on est devenus très proches, j’ai même habité un moment avec sa femme et lui. On était vraiment en symbiose, je jouais pendant qu’il peignait et on s’influençait mutuellement. Ça a aussi contribué à nourrir mon intérêt pour les cirques.

Pourtant, les cirques de Sloane ne sont pas vraiment des endroits où on a envie de flâner.
Sloane peignait un monde très bizarre, une sorte de réalité très sombre. Sombre mais non dénuée d’humour. Comme la vie ! Certaines personnes ont eu des périodes très difficiles, viol, drogue, tout ce que tu peux imaginer de pire, et ça se reflète dans son travail. Les gens sont pervers par nature. C’est ça, le travail artistique de Sloane. Le dépeindre de manière dérangeante, captivante et magnifique.

Vous allez bien ensemble. A ton concert au Café de la Danse, vous avez invité Joep Pelt (NDR : guitariste-chanteur hollandais de plus de deux mètres) à jouer avec vous et vous aviez une allure de cirque et de « freak show » à ce moment-là : c’est une mise en scène, ce côté « freaks » ?
Non, en fait c’est ce qu’il se passe quand on se comporte normalement (rires). Il faut croire que je suis attiré par les gens un peu à part, et inversement. Pas mal de musiciens avec qui j’ai joué sont…particuliers. Talentueux, mais particuliers. Avec des intérêts ou des comportements très particuliers. Mais ça donne des résultats intéressants. Par contre, si on reste immergé trop longtemps dans cet univers de « freaks », on finit par en être un même quand on essaie d’être normal. Et j’essaie d’être normal une bonne partie du temps, puisqu’il faut exister en société. Je sais comment me comporter pour être un homme civilisé (rires). Je crois en la courtoisie et, par exemple, quand je suis au milieu d’une foule, c’est là que je réalise combien les gens sont mal élevés, impolis, curieux. Je ne dis pas ça en pensant que je suis meilleur qu’eux, je ne suis qu’un être humain parmi tant d’autres, même si je peux paraître un peu étrange aux yeux de certains. Mais quand je suis dans un aéroport, et j’y suis très souvent, et que j’attends mes bagages près du tapis, tout le monde se masse pour être le premier à attraper sa valise. Si tout le monde reculait un peu, ce serait tellement plus simple. Mais non, évidemment, personne ne le fait. Les gens ne réfléchissent pas et ne pensent pas aux autres. Tout est toujours problématique. Ils ne peuvent pas attendre, ils sont toujours pressés, ne veulent pas être dépassés ou qu’un autre ait plus qu’eux, soit plus heureux qu’eux...

Les gens sont jaloux.
Oui, jaloux et amers.

Tu as essayé le métro parisien ?
Oh oui ! (rires) En fait, je l’ai pris deux fois ces derniers jours. Quelle expérience ! (rires)
Tu veux sortir, on t’en empêche pour monter. Tu veux monter, on t’en empêche pour sortir.
C’est dingue, il faut se battre ! Un truc de dingue. Eric Coubard (NDR : du label Bad Reputation) et moi sommes restés coincés dans un train, sous un tunnel, l’autre jour. Je me demandais combien de temps on allait rester là, sans rien avoir à boire ou manger, et sans ma guitare ! (rires) Enfin bref, les gens… Mais je les aime bien quand même. A peu près autant que je les déteste ! (rires) J’aime et je déteste l’Humanité.

Il y a un aspect très visuel dans ta musique. Jusqu’à quel point est-ce que cela t’influence dans ta manière d’écrire ?
Mes yeux sont ouverts quand je suis éveillés. (rires) Donc je suppose que tout ce que je vois m’influence d’une manière ou d’une autre. J’aime le crépuscule, l’aube. J’aime quand le soleil n’est pas encore levé. J’aime aussi les vues du désert, la lune. Ça affecte ma musique à peu près autant que n’importe quoi d’autre. En fait, la seule chose qui n’affecte pas ma musique, c’est la nourriture. Et pourtant, j’adore ça, mais on en entend peu parler dans mes chansons (rires). Blague à part, je suis un fondu de glaces, elles m’apportent une grande joie ! Donc il me semble que j’en ai parlé dans quelques chansons. Mais pour la nourriture… (rires) Ah, des animaux, oui ! Ça, il y en a. Des oiseaux, même une chèvre.

Tu peux manger une chèvre.
Oui, et des oiseaux aussi.

Probablement plus souvent qu’une chèvre, d’ailleurs.
On pourrait considérer que ça peut être de la nourriture, mais dans le contexte des chansons, pas vraiment, non. (silence, puis rire général)

Pour en revenir à l’aspect visuel, certaines chansons m’ont rappelé des films, comme « Trois enterrements », de Tommy Lee Jones.
Très bon film ! J’adorerais participer à des bandes originales pour ce genre de films.
Pour quels réalisateurs te verrais-tu le faire ?
Alejandro Jodorowsky, qui a réalisé El Topo, Santa Sangre ou la Montagne Sacrée. C’est vraiment quelqu’un avec qui j’aimerais travailler. Il y a également Jim Jarmusch, Tim Burton, David Lynch… Et il y en a sûrement d’autres.

Guillermo Del Toro ?
Oh oui, pourquoi pas ! Je l’aime beaucoup aussi. Quentin Tarentino également ! Ça me rappelle "Tueurs Nés". À l’époque, le film se tournait au Nouveau-Mexique et un ami à moi travaillait dessus, donc j’ai pu rencontrer Oliver Stone, Woody Harrelson, Juliette Lewis et Jane Hamsher, la productrice. Ils sont venus à plusieurs de mes concerts et m’ont demandé de jouer à la fête de fin de tournage, ce qui fait qu’on s’est retrouvés à faire la fête avec Stone, Lewis et tout le casting passablement éméchés. Une de mes chansons a failli se retrouver dans le film car ils l’avaient donnée à l’éditeur, mais soit la scène a été coupée, soit ils ont utilisé une autre chanson… En même temps, c’était il y a des années. Maintenant, j’aurais beaucoup de choses à leur faire écouter. À l’époque je n’avais que deux ou trois albums, maintenant j’en ai vingt, avec des chansons allant dans pas mal de styles différents. Donc oui, c’est définitivement une voie qui m’intéresse.

Tu dis que tu as vingt albums maintenant…
Je ne suis pas fier de tous.

Lequel serait le plus proche de toi ?
Probablement mon tout premier album solo, enregistré en 1996. Il représente vraiment tout ce que j’étais à cette époque. Devil Moon et le dernier en date Let’s Die Forever... Together montrent aussi quelque chose. En fait ils reflètent tous une partie de ma vie et mes expériences. Dementia est sûrement le meilleur choix, puisqu’il couvre une période dix ans. Si quelqu’un voulait n’en acheter qu’un, je le conseillerais, ou Let’s Die Forever... Together. Ou peut-être Joy of Suffering. Tout dépend si l’on préfère le côté rock ou plus doux du répertoire. Dementia regroupe tout, mais n’a pas de chansons des deux derniers albums.

Comment penses-tu conquérir la France ?
Je ne sais pas, tu as une idée ? Ah, qu’attend la France de moi ? (rires) Je vais revenir, jouer, et avec un peu de chance, le public viendra. Je joue pour les gens qui ont envie de m’entendre. Je ne veux pas plaire à tout le monde, en fait ce serait même bizarre de ma part si je voulais que tout le monde aime ce que je fais ! (rires) J’espère même que ma musique n’est pas pour tout le monde. Certaines personnes ne s’identifieront jamais à ce que je fais, ce n’est pas pour eux. Mais c’est pour tous ceux qui ont envie de franchir le pas. J’ai envie d’avoir un public varié, ce n’est pas réservé à un âge particulier, enfants, ados, personnes âgées… Pareil du point de vue démographique. Ou si tu aimes le rock, le punk, le folk, le blues ou le jazz. C’est pour tous ceux qui aiment la musique, sans catégories. Juste la musique. Après tout, je ne veux pas me sentir limité donc je pense que mon public ne devrait pas l’être.

Personnellement, je trouve que ta musique n’a pas d’âge.
J’apprécie le compliment. C’est ce que je recherche à faire. Créer une musique intemporelle.

Sur scène, c’est encore plus évident, vu que tu es habillé de manière mi-moderne, mi-rétro. On se demande un peu à quelle époque tu peux être.
Je me le demande aussi ! (rires) Après tout, sur scène, tu n’as pas à être à un endroit donné ou à une période précise. Enfin, moi si. (rires)

Il paraît que tu travailles sur un nouvel album ?
En fait, je travaille sur deux ! Le premier avec le Eric McFadden Trio, avec James Whiton à la basse et Jeff Cohen à la batterie. Un album rock, avec des influences gipsy, blues, rockabilly ou flamenco. Mais attention, c’est un album très rock’n’roll ! (rires) Il est presque terminé, il ne reste plus qu’à boucler le mix et à le masteriser, et je pense déjà au suivant qui sera plus voodoo-blues.

Plus un album solo ?
Oui, mais sûrement avec des invités comme Eric Burdon, Keb’ Mo’, George Clinton, peut-être Taj Mahal. Des gens que je connais, avec qui j’ai déjà joué, et que j’aimerais rassembler sur cet album. J’ai vraiment envie de faire quelque chose que je n’ai encore jamais fait.

Faire jouer avec toi des musiciens que tu as accompagnés ?
Pourquoi pas ? (rires) Tant que je pourrai faire ça, ça me rendra la vie dans ce monde plus supportable. La musique me sauve la vie tous les jours. Si je n’en faisais pas, mon âme pourrirait, je n’aurais plus d’estime en moi, je ne serais plus qu’un putain de vide. (rires) Mais heureusement, j’ai la chance de le vivre et j’en suis reconnaissant. Je ne l’oublierai jamais.

Tu comptes repartir en tournée avec Eric Burdon ?
Non. Paula oui, mais je pense que l’on collaborera ensemble dans le futur, probablement pour un projet parallèle ou quelque chose du genre. C’est trop difficile à planifier, tourner avec Eric Burdon et avec mon groupe au même moment… (silence) Désolé, j’étais distrait, je pensais au futur. Je ne devrais pas faire ça, jamais. Ne pense jamais au futur, suis mon conseil ! (rires)

C’est un peu tard, pourquoi crois-tu que j’ai un lumbago ? (rires)
Le milieu de la musique est étrange : tu signes un mauvais contrat, tu es coincé. Mais si tu n’en signes aucun, tu l’es aussi ! (rires) J’aimerais jouer dans de plus grandes salles. Je suis ami avec le John Butler Trio et Kaki King qui ouvrait pour eux, et je me disais : « fuck, je veux faire l’Olympia, moi aussi ! » (rires) Mais ça va se faire. Déjà parce que je dois survivre, et non seulement survivre mais être en position d’aider les gens qui m’entourent. Mes parents ne sont pas riches, mes amis non plus. Ce serait agréable de pouvoir, une fois dans ma vie, aider ceux qui en ont besoin. Pas seulement mes parents ou mes amis, mais aussi les endroits comme les clubs mythiques qui ferment les uns après les autres. C’est ce qu’il se passe près de chez moi. Où sont donc passées les riches stars du rock qui ont commencé là ?

Les gens ont tendance à oublier.
Ça fait trop longtemps que je suis là-dedans pour oublier quoique ce soit, quelle que soit la somme d’argent ou le succès que je peux avoir. C’est trop tard pour que j’oublie. Quand le succès vient trop facilement ou trop rapidement, c’est très simple d’oublier.

On se laisse rapidement dépasser par les évènements.
Oui, on se retrouve embarqué dans quelque chose d’incontrôlable. J’espère que ça ne m’arrivera pas ! (rires)

Tu ne crois pas que quand on croit en quelque chose, ça finit toujours par payer ?
Il n’est jamais trop tard.

Les gens sont imprévisibles.
Tout est imprévisible !

Alors rendez-vous l’année prochaine à l’Olympia ?
(rires) Peut-être ! Mais d’accord, disons que c’est un fait : on se verra là-bas ! (rires)


Gregg M

11 octobre 2007


http://www.ericmcfadden.com/
http://www.myspace.com/ericmcfaddenmusic

25.11.2007

[Xroads #01] Paulo Furtado - Wraygunn

 

Paulo Furtado (Wraygunn)

 

Hypnotic Paradise

 

 

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Deux ans après la sortie d’« Ecclesiastes 1.11 », brûlot incandescent réconciliant punk-attitude et gospel inspiré, le groupe portugais Wraygunn revient avec un nouvel opus : « Shangri-La ».

Rencontre avec Paulo Furtado, alias « The Legendary Tiger Man ».

 

Paulo, la première fois que je t’ai entendu, je n’aurais pas pu dire de quel pays tu venais. J’avais juste une impression d’universalité, que tu pouvais venir de n’importe où. Quelle influence selon toi ont tes racines portugaises sur ta musique ?

J’ai répondu à cette question dans un journal portugais une fois et ma réponse n’a pas plu à un certain nombre de portugais… Je pense que l’influence portugaise sur mon travail, et sur le groupe en général, se fait sentir dans notre ouverture d’esprit sur les influences des autres, la musique des autres. Nous sommes un peuple ouvert sur l’extérieur et curieux. Et je crois que c’est le seul lien que l’on peut trouver (sourire). Comme tu l’as dit, je pourrais vivre n’importe où. Mais je crois que ce qui me définit le mieux, c’est « européen ». Je ne pourrais pas jouer ce type de musique si j’étais né au Mississipi, je jouerais comme... (silence) les mecs qui font du blues au Mississipi ! (rire) Je ne pourrais vraiment pas jouer ce type de musique si j’étais aux Etats-Unis. C’est vraiment européen. Peut-être pas portugais, mais européen certainement. Mais pas anglais ! (rire général)

Belge, peut-être ?

Oui, en fait je connais quelques groupes belges, Sin Alley, dEUS, Zita Swoon … Il y a un lien entre nous puisqu’il font une musique qui pourrait venir de n’importe où. La manière dont ils sonnent est assez incroyable.

Tu as cet avantage d’être universel. Tu peux aller partout, et toucher tout le monde.

C’est le bon côté de la mondialisation : on peut être dans un chalet perdu au milieu de nulle part et avoir à accès à n’importe quoi. Et c’est cool parce que tu peux choisir réellement ce que tu aimes, t’affirmer en tant que musicien en choisissant la direction que tu veux. C’est vraiment le meilleur aspect de la mondialisation.

Sur le précédent album, il y avait beaucoup d’instruments, de musiciens, une impression de grosse machine qui met une claque et celui-ci a un côté plus intimiste. Pour moi, le dernier morceau de Shangri-La, No More, My Lord, est une ouverture vers le prochain album, quelque chose de plus intime encore et de très évocateur, une sorte de paysage à la Wim Wenders. En l’écoutant je me suis dit que cette chanson n’aurait pas pu être sur Ecclesiastes 1.11.

Je ne suis pas d’accord ! (rires) En fait cette chanson est une reprise, parfois créditée à James Turell, parfois juste étiquetée « traditional ». Et cette chanson est celle qui a établi le lien entre Wraygunn et la chorale gospel quand on a commencé à travailler sur l’album précédent.
A la toute première répétition avec eux, je leur ai dit « c’est une vieille chanson gospel que l’on sait jouer et que l’on adorerait jouer avec vous, les gars ». Ils ont été très impressionnés car ils ne la connaissaient pas et en sont tombés amoureux, du coup j’ai continué à leur présenter des chansons qu’ils ne connaissaient pas plus (rires). C’est ce qui fait que c’est vraiment la chanson qui représente le plus Ecclesiastes 1.11 mais qui, sans que je sache vraiment pourquoi d’ailleurs, n’a pas enregistrée à ce moment-là alors qu’on l’a jouée quelques fois sur scène. Donc pour moi, cette chanson est vraiment la connexion entre les deux albums.

Donc je me suis planté ! (rire général)

Non, parce qu’en même temps, on ne la joue plus comme on la jouait les premières fois et ces changements l’ont peut-être fait évoluer différemment. Je ne sais pas, je suis encore trop dans le dernier album pour avoir assez de recul et y voir clair. Tu n’as peut-être pas tort en fait. (rire général)

Pourquoi Shangri-La ? Est-ce à cause d’ Horizon Perdu ? (NDR : Shangri-La est le nom d'un lieu imaginaire et paradisiaque décrit dans le roman Horizon Perdu écrit par James Hilton en 1933)

Non, en fait j’ai toujours eu un certain intérêt pour le Paradis Perdu et les quêtes qui visent à trouver quelque chose de pur, de parfait, que ce soit d’un point de vue physique ou spirituel. J’ai surfé sur internet pour voir ce que je pouvais trouver à ce propos et je suis tombé sur cette dissertation qui disait que toutes ces quêtes étaient vouées à l’échec puisque le seul endroit où on peut trouver ce Paradis ou cet état de perfection est à l’intérieur de soi. Et ça rentrait en connexion avec ce que l’on faisait en tant que groupe entre les deux albums, car dans l’album précédent il y avait un ensemble gospel, des invités et tout un tas de gens impliqués dans sa création. Ce qui nous a emmené dans une direction où on a fini par perdre le contrôle. C’est pour ça que pour cet album, nous avons décidé de nous enfermer dans une maison au milieu des montagnes, au Portugal, et de rester là pour dix jours, à répéter et apprivoiser les chansons. On y a découvert que le batteur jouait de l’orgue Hammond, que le claviériste jouait de la guitare, j’ai moi-même joué certaines parties de clavier. Au travers de toutes ces répétitions, nous avons découvert un moyen finalement plus simple de créer des chansons, de les maîtriser et de faire ce qu’elles nous dictent. Pour nous, en tant que groupe, c’était comme découvrir qu’après le « désordre » (sic) de l’album précédent, avec la chorale gospel et toute cette grosse production, on pouvait encore agir simplement : composer des chansons, les répéter et les enregistrer live en studio. Et c’est ce qu’on a fait. Donc pour nous, c’était comme trouver notre Shangri-La, la solution à notre désir de créer de la musique au sein du groupe. D’où ce nom. C’était une longue explication ! (rires)

Je t’ai découvert il y a quelques années à la télévision où vous repreniez le You Really Got Me, des Kinks. Il y a selon moi une évidente filiation entre vous et eux.  N’as-tu pas l’impression que tu aurais dû être là à cette époque, quand tout était encore permis ?

Non, je pense que mon époque, c’est maintenant. Et je pense même que l’on vit une très bonne période pour créer de la musique innovante et excitante, vu que très peu de gens s’y essayent. Si j’avais fait ça dans les années 60, il est probable que personne n’aurait écouté puisqu’il y avait déjà tant de bons trucs ! (rires) Et puisque peu de gens expérimentent, on sent qu’on fait quelque chose d’unique et d’important, de personnel : on ne fait partie d’aucun courant, on fait ce qu’on veut. En fait, je suis très heureux de faire ça maintenant ! (rires)

Quelle a été ta première émotion musicale ? Celle qui t’a fait dire « je veux faire ça ! » ?

C’est très bizarre parce que les deux disques qui ont changé ma vie sont les premiers que j’ai achetés quand j’étais gamin. Le premier était un Sonics Boom, et j’en étais fou, c’était incroyable. Le second était Off The Bone, des Cramps, mais pas vraiment à cause de leur musique. Ce sont plutôt les reprises qui sont dessus qui m’ont fait découvrir un passé musical que j’ai exploré par la suite. Et surtout les chansons des Cramps sont tellement simples !
Il suffit d’attraper une guitare et en cinq minutes on peut jouer du Cramps. Je crois que pour mon premier concert, j’avais 15-16 ans et je ne savais quasiment pas jouer de guitare, mais je pouvais jouer du Cramps. Les Cramps ont peut-être été un déclencheur après tout, mais je n’ai jamais pensé « c’est ce que je veux faire ». J’ai toujours été influencé par ce que j’écoute, mais je n’en serai jamais envieux. Je déteste les groupes de Blues qui se croient à Chicago il y a vingt ans, par exemple. Je n’y crois pas, ça ne me touche pas. Et pour apprécier quelque chose, j’ai besoin que ça me touche. La musique est censée toucher les gens qui l’écoutent et les musiciens qui la font, parce que c’est une quête pour trouver ce qui te caractérise, pour t’immerger complètement dans ce que tu joues et ce que tu composes. Même quand ce que je composais était très simple, ma quête était déjà d’avoir quelque chose à moi.

Tu veux dire être reconnaissable, être toi-même ?

Oui, reconnaissable, mais pas redondant. Pour moi cet album est différent du précédent, mais si tu connais Ecclesiastes 1.11 et que tu écoutes une chanson de Shangri-La, tu te diras immédiatement « c’est Wraygunn  ». Mais ce n’est pas quelque chose de prémédité, c’est ce qui se passe quand tu joues avec les mêmes personnes depuis longtemps. Un jour, en jouant, tu te rends compte que ça évolue, qu’il y a une connexion. Avec Wraygunn, je ne peux pas m’imaginer faire comme les Rolling Stones par exemple, qui sont en tournée dans des hôtels séparés, ne se parlent presque pas, etc… Ce qui est incroyable, c’est que l’alchimie marche toujours ! Moi, je ne pourrais pas faire de la musique sans avoir des liens très forts avec les autres musiciens, parce que ça transparaît dans la musique, sur album ou sur scène.
Non, vraiment, je ne pourrais pas être dans un groupe où je ne parlerais pas à un ou deux musiciens…  Malgré tout, pour le dernier album, il y a eu beaucoup de conflits. Il y a dix ans, on en serait même sûrement venus aux mains, mais on a su dépasser ça et le groupe n’en est que plus soudé. On parle énormément pour désamorcer les problèmes et nos bases sont maintenant plus solides.

Je l’ai ressenti à l’écoute. On y perçoit également une plus grande intimité mais toujours une grande liberté. On pourrait se permettre une comparaison avec ce que faisait David Bowie. Ce truc, que vous avez chacun, de s’approprier différents styles, sans les copier mais en les digérant et en ne se posant jamais de limites.

Les années 70 étaient une grande période d’exploration, le monde de la musique en général était aussi plus ouvert à l’expérimentation. On pouvait plus facilement financer tous ces artistes un peu fous, sortir leurs disques et faire des choses très bien. De nos jours, la musique souffre de la mondialisation et de la standardisation. Les musiciens autant que le public s’enferment dans des ghettos musicaux : « je fais du Hip-Hop, donc je dois faire un certain style de musique, m’habiller d’une certaine manière, etc… ». Et c’est valable pour à peu près tous les styles. Peu de groupes osent franchir les barrières et mélanger les genres, histoire de voir plus grand. J’ai toujours aimé le rock’n’roll, mais je ne me reconnais pas dans son environnement et ça fait une vingtaine d’années que je l’assimile à un ghetto.
Mais actuellement, certains groupes voient plus loin et réussissent à repousser certaines frontières, sans pour autant être commerciaux. C’est important de se souvenir que la musique ne se limite pas aux genres. Tu dois te savoir ce que tu veux, savoir ce que tu aimes, et garder l’esprit ouvert.

Un mot pour définir ta musique ?

(hésitation) Je pourrais dire Wraygunn, mais bon… (rire général)

Si tu veux, je te donne le mien. J’en ai deux d’ailleurs : « transe » et « vaudou ». Car dans plusieurs morceaux il y a ce côté hypnotique, tant dans les paroles que dans la musique, qui donne une impression de communion et de transe.

Je prends « hypnotique » ! C’est une sorte de constante, que ce soit pour Wraygunn ou Tiger man, j’adore utiliser des répétitions, principalement sur scène. J’aime beaucoup jouer How Long, How Long ? parce qu’elle entraîne le public de plus en plus loin, de plus en plus profondément. Tout en partant d’un mot répété de plus en plus fort, crescendo jusqu’au final. Donc oui, « hypnotique ».

 

 

Gregg M

24 sept 2007

 

http://www.wraygunn.com/

http://www.myspace.com/wraygunn 

13.11.2007

Une petite présentation

Aloha tout le monde!

Qui suis-je donc?

Gregg M, 30 ans, workaholic et Artiste en tous genres :

 

- Chanteur/guitariste de the Sunchase

http://www.sunchase.new.fr

http://www.myspace.com/thesunchase

 

- Créateur et membre des Guest-Sessions

http://www.guest-sessions.new.fr

http://www.myspace.com/guest_sessions

 

- Journaliste pour Crossroads

http://www.banditscompany.com/

http://www.myspace.com/banditscompany

 

- Musicien et auteur pour le Fieald

http://www.fieald.net

http://www.myspace.com/fieald

 

Et encore des tas d'autres projets... 

 

Vous pourrez retrouver les actualités de ces différents projets sur le site, et notamment les interviews réalisées pour Crossroads.

 

A très vite ! ! ! 

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